Billet de Florestan:

Copinage au pied du château de Caen, histoire de célébrer Guillaume le Conquérant et Mathilde de Flandre... Le patron d'un parc d'attraction impose ses goûts personnels dans l'espace public sans que la population ne soit consultée!

Copinage et tapinage sont-ce là les deux mamelles de cette bonne ville de Caen?

On apprend ce soir (17 novembre 2022) dans la presse locale que les deux statues équestres de l'artiste Claude Quiesse censées représenter Guillaume le Conquérant et Mathilde de Flandre vont être installées ce 21 novembre avant une inauguration officielle le 9 décembre prochain...

https://actu.fr/normandie/caen_14118/les-statues-de-guillaume-et-mathilde-bientot-installees-devant-le-chateau-de-caen_55252927.html

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Contrairement à ce qu'affirme le plumitif local, ce ne sont pas les porteurs de ce projet finalement retenu entre quatre yeux qui se connaissent bien (M. Lebel et Mme Dormoy ex adjointe au maire à la culture et financé par la ville sur la base d'une subvention sortie des caisses de l'office de tourisme de Caen la Mer) qui sont à l'origine de créer ce qui, effectivement, manque encore à la ville de Caen...

C'était, d'abord, l'initiative d'un collectif associatif citoyen nommé "Bienvenue en Normandie" qui avait interpellé régulièrement la municipalité au sujet de l'absence d'une statue publique dédiée aux deux fondateurs de la ville de Caen. Ce collectif associatif citoyen avait contacté l'artiste plasticienne cherbourgeoise Christine Larivière qui avait proposé un parti figuratif osant le traitement physique et psychologique des personnages avec deux statues en pied présentant des visages finement modelés qui regardent et qui doivent être regardés: ce parti esthétique assumait la présence humaine historique forte et incarnée de ces deux personnages fondateurs de notre ville et de la civilisation anglo-normande. Il était prévu de couler en bronze cette statue d'une hauteur d'un peu moins de quatre mètres posée sur un socle en pierre de Caen, pour un dialogue de contemplation à hauteur d'homme.

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Le coût total de ce projet était estimé à 300000€ puisque fondu à l'ancienne dans les règles de l'art. Ce collectif associatif citoyen a cru qu'il était encore possible en 2022 d'obtenir la bienveillance des élus de la municipalité le temps d'organiser une souscription publique et de recueillir les fonds nécessaires. Un grande entreprise attachée à sa région avait même regardé ce projet avec beaucoup d'intérêt...

Malheureusement, le copinage édilitaire permet d'arriver plus rapidement à un résultat finalement différent que de faire confiance à une authentique initiative citoyenne.

Quant à l'oeuvre choisie par l'entourage du maire de Caen on dira qu'elle a ses qualités propres, Claude Quiesse est un authentique poète tréfileur mais convenons que cette oeuvre "signal" faite pour être vue de loin ou furtivement en passant n'est pas faite pour être longuement contemplée: elle pourrait avoir toute sa place sur un rond-point à l'entrée de notre ville (ou comme c'est déjà le cas à Bayeux).

Par ailleurs, cette oeuvre assume beaucoup moins que celle proposée par Christine Larivière: ces deux centaures androgynes consensuels auront l'avantage de ne pas troubler la conscience d'éventuels déboulonneurs de statues, fût-ce au prix d'une erreur historique factuelle car à l'époque de Mathilde, au XIe siècle, les femmes ne montaient pas à cheval à califourchon comme les hommes... Mais les néo-féministes qui croient que les femmes sont des hommes comme les autres seront contentes... Bref! chaque époque a les oeuvres d'art qu'elle mérite! Mais tout n'est pas perdu: la maquette réduite modelée en terre de cette statue de Guillaume et Mathilde proposée par Christine Larivière existe à Caen, elle est encore visible dans les locaux du lycée professionnel Camille Claudel (justement!). Avis aux journalistes curieux...🧐

 

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Dernière précision: le projet de Christine Larivière avait été présenté à la presse et Mme Dormoy avait annoncé à cet occasion au collectif porteur du projet qu'un emplacement au pied du château supervisé par l'ABF du Calvados était susceptible d'accueillir ce projet. 

Mais c'était, bien entendu, une belle opération d'enfumage de citoyens naïfs car cet emplacement situé sur le côté gauche de l'avenue de la Libération en face de la synagogue et au pied des fossés Est du château ducal était, en fait, réservé au transfert du monument commémoratif des forces militaires britanniques qui ont libéré la ville de Caen en 1944.

Ainsi, le projet porté et voulu par le patron du parc d'attraction Festyland a donc semble-t-il toujours eu la préférence de la municipalité: il faut donc en conclure que pour privatiser une ville avec ses goûts artistiques personnels il faut être le maire ou être l'un de ses proches.

Contrairement au projet Lebel qui sera imposé aux Caennais sans qu'ils aient pu donner leur avis, le projet du collectif associatif avait été présenté lors d'une réunion publique du comité de quartier du centre-ville et l'accueil fut alors positif...

Guillaume Le Conquérant n'était certes pas un démocrate: au XIe siècle l'essentiel était ailleurs. Mais M. Bruneau, le maire de Caen ne l'est finalement pas davantage: voilà qui est bien plus regrettable...