Billet de Florestan:

Les journalistes ont du mal avec les sujets qu'ils n'arrivent pas à cataloguer d'emblée ou qu'ils ne peuvent résumer dans une brève de quelques lignes. Et si d'aventure ils partent, justement, à l'aventure ils en oublient souvent l'essentiel en insistant sur des détails pittoresques sinon caricaturaux avant d'oublier le sujet aussi vite qu'ils l'avaient évoqué: c'est ainsi que dans la brume qui rétrécit l'horizon de nos journalistes peuvent apparaître, dans la grande presse nationale française, autrement dit, parisienne, un article, une infographie ou un paragraphe consacré à nos îles anglo-normandes entraperçues pour ce qu'elles sont, à savoir, un paradis fiscal adossé de pittoresques survivances médiévales sachant que pour nous autres Normands qui les connaissons mieux, les réalités de ces îles ne se limitent pas qu'à cela puisqu'elles sont, avant tout, le conservatoire encore vivant de la Normandie ducale et royale fondée en 1066 lorsque Guillaume duc de Normandie devint aussi roi d'Angleterre.

La Normandie continentale a beau être pleinement française depuis 1204 et le traité de Paris de 1259 ayant bien confirmé que le titre de duc de Normandie ne pouvait plus être revendiqué par le roi d'Angleterre pour la Normandie continentale française, il n'en reste pas moins que pour les états et bailliages de Jersey, Guernesey et dépendances qui n'ont jamais été reconquis par le roi de France, le "souverain des îles" est, certes, le roi ou la reine d'Angleterre mais en tant que "duc de Normandie" avec l'institution juridique du droit normand qui demeure toujours vivante.

Et c'est ainsi que ces îles maintiennent cette réalité normande autonome sinon indépendante malgré toutes les vicissitudes des affirmations nationales anglaise et française de part et d'autre de la mer...

On lira donc, avec intérêt, l'infographie suivante parue dans Le Figaro Magazine du 30 septembre 2022: les deux journalistes de la plus grande rédaction parisienne de la presse hebdomadaire et quotidienne ont plutôt bien synthétisé ces réalités subtiles et originales auxquelles nous tenons beaucoup ici: un bémol cependant, on ne trouvera aucune allusion dans cette présentation aux liens culturels et économiques qui rassemblent les îles anglo-normandes et la Normandie continentale française, à commencer par le fait que c'est à l'université de Caen que revient la responsabilité de délivrer le diplôme d'habilitation en droit normand pour les hommes de loi qui doivent opérer dans ces îles plus normandes qu'anglaises, de notre point de vue, évidemment!

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