Après 900 ans, Soligny, l'abbaye qui passe à la... trappe!
L'humeur de Barreau:
L'Abbaye de La Trappe, communauté cistercienne. L’endroit appelé La Trappe, probablement en raison des pièges que l’on y tendait pour le gibier, était propriété de Rotrou III comte du Perche. Or, en 1120, le naufrage au large de Barfleur de la Blanche nef ce grand vaisseau dans lequel périt une partie notable de l'aristocratie anglo-normande dont Mathilde, fille du roi d’Angleterre et épouse de Rotrou, conduisit ce dernier à ériger à La Trappe un oratoire dédié à la Vierge, en guise de mémorial de la catastrophe maritime.
Quelques années plus tard, en 1140, Rotrou adjoignit un monastère à cet oratoire, appelant des moines du Breuil-Benoît, près de Dreux. C’est ainsi que la première communauté de La Trappe vit le jour. Sept ans plus tard, avec toute la congrégation de Savigny dont elle faisait partie, elle s’agrégeait à l’Ordre de Cîteaux créé par Saint Bernard pour revenir à l'austérité primitive de la règle de Saint Benoît, d’où le nom de Cisterciens.
A la Trappe, la communauté locale épousa les principes de pauvreté, de simplicité de vie et de sobriété dans la prière liturgique qui a réussi à se poursuivre jusqu'à aujourd'hui après la refondation du monastère au XIXe siècle après la catastrophe révolutionnaire. Mais l'abbaye de la Trappe est restée célèbre dans l'histoire du catholicisme français par la forte présence de l'abbé de Rancé, l'une des grandes figures spirituelles du XVIIe siècle et dont Chateaubriand écrivit au soir de sa vie une mémorable biographie...
A l'heure actuelle il est possible d'assister aux beaux offices des moines qui chantent encore le grégorien et la maison accueille des retraites individuelles dans le strict respect de la clôture monastique. Leur boutique vend notamment leurs fameuses pâtes de fruits, fabriquées sur place. A partir du 11 avril prochain, les moines proposeront des visites guidées de leur abbaye.
C'est un beau lieu, paisible qui invite à la médiation et aux ressourcements les plus fondamentaux. Mais cette histoire séculaire pourrait prendre fin en 2028.
Explications:
Présents depuis 900 ans dans le Perche, les moines de la Trappe annoncent leur départ en 2028
Neuf siècles d’histoire qui pourraient s’achever. C’est ce qu’annoncent les moines de la communauté de la Trappe, à Soligny-la-Trappe (Orne). L’abbaye n’est toutefois pas vendue
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« Si ce n’est pas une catastrophe, c’est évidemment une page d’histoire qui s’apprête à se tourner. » Dans un communiqué transmis à la presse ce vendredi 6 mars 2026, les moines de l’Abbaye de la Trappe, à Soligny-la-Trappe (Orne) annoncent qu’ils « envisagent un départ à l’horizon 2028 ».
Un projet qui n’a pas abouti
En 2024, les moines avaient présenté un grand projet d’ouverture au public et de restauration d’un bâtiment historique. Un premier projet était chiffré à 12 millions d’euros. Les soutiens ne viendront pas, et le projet sera abandonné en 2025. Malgré tout, pour la première fois de son histoire, l’abbaye s’était ouverte chaque semaine pour des visites publiques qui ont remporté un franc succès.
Le Père Abbé ne cachait pas, à l’époque, sa volonté de trouver une solution pour sa communauté, même si le problème n’était pas uniquement financier. Le départ prévu en 2028 serait malheureusement une conséquence de « la rareté des vocations et de la charge de plus en plus lourde du patrimoine foncier ».
Où aller ?
La question est désormais de savoir où la communauté pourrait s’installer, même si le domaine n’est « pas encore mis en vente ». « Une réflexion est en cours avec d’autres communautés pour trouver des solutions plus adaptées, plus pertinentes économiquement et spirituellement. Le contexte est dur, depuis plusieurs décennies déjà, et bien d’autres abbayes ont déjà changé de mains. »
La belle saison sera cette année encore l’occasion de visites guidées sous la conduite des frères. Ceux-ci escomptent votre compréhension et votre soutien dans cette étape importante de leur cheminement. […] Le départ des frères, très exigeant et douloureux pour eux, ne sera pas sans bouleverser toutes les personnes attachées, parfois depuis des générations, à la communauté.
Commentaire de Florestan:
Alors que d'une manière générale on assiste depuis plusieurs années à une renaissance monastique en France notamment dans les ordres masculins les plus anciens et enracinés sur le territoire (Bénédictins, Cisterciens, Prémontrés, Chanoines augustins...) avec un retour aux traditions liturgiques et spirituelles et avec même la fondation de nouvelles communautés et de nouveaux monastères notamment dans le quart Sud/Sud-Ouest...
Une abbaye à construire ! - La Nef
Alors que renaissent aussi les pèlerinages ou qu'on restaure et redresse les calvaires dans nos campagnes, on a le triste constat d'une Normandie qui ne semble pas encore concernée véritablement par ce renouveau alors que notre région possède probablement le plus riche patrimoine monumental monastique de France avec, encore quelques communautés historiques toujours vivantes telles que les abbayes bénédictines de Saint-Wandrille-Rançon ou du Bec-Hellouin ou celle des Prémontrés de Mondaye près de Bayeux. Ou encore la tentative en partie entravée par un évêque rétrograde de créer un centre spirituel et culturel dans l'ancienne abbaye Prémontré de la Lucerne (Manche):
Programmation spirituelle - ABBAYE DE LA LUCERNE
La présence d'une abbaye encore vivante dans son terroir et depuis des siècles est un patrimoine matériel et immatériel de premier ordre, sinon un trésor. Mais il semble que la prise de conscience de l'existence de ce patrimoine vivant qui est fragile soit encore inexistante du côté de nos élus locaux normands:
Les communautés monastiques sont des propriétés privées voire des entreprises privées qui vivent leur vie ou leur mort sans que cela ne concerne plus que ceux qui le sont déjà: le respect de la propriété privée et de ses des libertés se paie d'une certaine indifférence d'autant plus grande qu'elle résulte aussi d'une profonde déchristianisation . Cette situation est typiquement normande et cela n'aide pas à sauver ce patrimoine spirituel vivant qui est pourtant d'intérêt général pour notre région.