"Il y a un temps pour tout. Un temps pour arracher. Un temps pour planter."

                                                                                                             (D'après l'Ecclésiaste...)

Après avoir tout saccagé ou presque au nom du progrès ces trente ou quarante dernières années dans nos campagnes, voici qu'il faut, dorénavant, faire machine arrière car la balance des avantages et des inconvénients penche, désormais, du mauvais côté.

Le problème c'est qu'il est toujours plus facile et rapide de détruire que de reconstruire: restaurer une richesse ou une qualité perdues prend du temps, beaucoup de temps notamment lorsqu'il s'agit de prendre le temps de laisser croître les arbres et les plantations d'une haie avant d'en tirer un bénéfice de long terme plus sûr et plus certain que les artifices de court terme d'une science agronomique totalement dévoyée par l'argent.

Sur un plateau céréalier du Pays de Bray, plateau désolé depuis les remembrements massifs de ces dernières décennies qui ont supprimé toutes les haies d'un bocage "brise-vent" qui permettait aussi la régulation des eaux de surface, la propriétaire exploitante des lieux a décidé de l'un des plus grands programmes de replantation de haies actuellement en cours en Normandie...

Explications données par cet article du Réveil de Neufchâtel:

Un des plus gros projets de Normandie : près de Saint-Saëns, Camille a planté 9 000 arbres et arbustes pour recréer des haies | Le Réveil de Neufchâtel (actu.fr)

Un des plus gros projets de Normandie : près de Saint-Saëns, Camille a planté 9 000 arbres et arbustes pour recréer des haies

25544-221201173604228-0-960x640

Camille de la Moissonnière est agricultrice près de Saint-Saëns. Elle a fait replanter 9 000 abres pour recréer des haies, soit une partie du bocage du Pays de Bray. Rencontre.

En tout, ce sont 9 000 arbres et arbustes qui ont pris place sur les parcelles de Camille de la Moissonnière, exploitante agricole dans sa ferme familiale à Rocquemont, près de Saint-Saëns (Seine-Maritime).

Dans ce domaine, il s’agit du plus gros projet de ces dernières années en Normandie.

Nous avons commencé à planter, à nos frais. Lorsque nous avons pris connaissance de l'appel à projets de relance verte « Plantons des haies », nous avons évidemment saisi l'opportunité d'accélerer notre démarche.

« L’urgence de réintégrer des arbres »

Pour réaliser ces haies, 38 essences différentes ont été choisies. Côté arbres, on y retrouve des châtaigners, noyers, hêtres, chênes, merisiers, tilleuls, érables, charmes… Pour les arbustes, les options se sont portées sur des haies semi-perméables afin d’éviter les effets de turbulence du vent. On y retrouve également du sureau, de l’aubépine, de l’églentier, du houx… 

Notre objectif est d'étaler la floraison et la mise à fruit tout au long de l'année pour favoriser l'installation d'un maximum d'espèces d'oiseaux et d'insectes.

Ici, l’exploitation a toujours été très classique avec un système conventionnel, qui a suivi le mouvement général de mécanisation et d’industrialisation de l’agriculture pendant plusieurs décennies.

Il y a 5 ans environ, pour une multitude de raisons, Camille a fait le constat d’être arrivée à une impasse à la fois économique et surtout écologique. 

Nous avons progressivement fait évoluer nos pratiques, en augmentant la part de productions sans produit phytosanitaire ou en réalisant des bandes jachères fleuries par exemple. Rapidement nous avons été convaincus de l'urgence de réintégrer des arbres à notre système pour créer un écoystème résilient et équilibré.

Le fait d’avoir des surfaces agricoles sur un plateau a aussi motivé un peu plus l’agricultrice. 

Quand il n'y a rien, comme c'était le cas, cela fait un peu désert et c'est désolant. Mais outre la partie visuelle, sur un plateau où il n'y a rien, c'est glacial l'hiver et très sec l'été. Ce n'est donc pas bon.

« Répondre aux problématiques écologiques »

Pour répondre à ces problématiques, une trame verte a donc été imaginée, avec un réseau de haies qui remonte de la vallée qui est en contre-bas. Ce corridor vert remonte sur le plateau et quadrille les parcelles.

« Il y aura des haies en bordure de parcelle et et à l’intérieur des parcelles des haies orientée nord-sud, parrallèle tous de 152 m. Cette distance est un compromis pour répondre aux problématiques écologiques et être compatible avec notre production céréalière » fait savoir Camille.

Et d’ajouter 

Nous avons également pris en compte la problématique de l'eau dans notre projet en intégrant 120 mètres de talus arboré dans une zone de ruissellement intense du plateau.

À moyen et long terme, la plantation de ces haies aura un effet régulateur contre le vent et les à-coups de températures de plus en plus fréquents.

« Des effets indirects mais importants »

En effet, lorsque les arbres atteindront une hauteur significative, ils contribueront à créer un micro-climat sur le plateau.

Tel est le souhait de Camille dont l’objectif n’est donc pas économique. 

Je n'attends pas de revenus de ces haies, au moins pas avant 10 ans; Toutefois, je tirerai bénéfice de la matière organique et peut-être du bois. Il y aura aussi peut-être un bénéfice pour la qualité des sols, donc des effets indirects mais importants.

Toujours est-il que d’un plateau nu, Camille va transformer le paysage pour en faire un vrai bocage avec le retour attendu de la biodiversité, à l’image du Pays de Bray.