Billet de Florestan:

La mérule est ce champignon terrifiant qui peut réduire en poussière et de l'intérieur toute l'ossature en bois d'un bâtiment ancien, une belle demeure patrimoniale, un manoir classé au titre des Monuments Historiques.

Mais le cas dont il sera question ci-après nous démontre, hélas, qu'il y a pire que la mérule pour détruire ou mettre en péril un bel édifice, une belle architecture patrimoniale officiellement protégée...

Pire que la mérule, il y a les bureaucrates! Et nous n'exagérons pas.

Exemple avec l'extraordinaire maison de Ferdinand MARROU, rue Verte à Rouen qui est une folie en forme de pavillon de style néo-renaissance bâti en 1890 dans le but d'exposer, à deux pas du train venu de Paris, tous les savoir-faire de ce maître rouennais de la ferronnerie et de la métallurgie...

Cette maison à l'architecture exceptionnelle avait eu le bon goût d'échapper aux bombes de la Seconde guerre mondiale qui sont tombées régulièrement sur la capitale historique de la Normandie. Malheureusement, le conseil régional d'ex-Haute-Normandie avait jeté son dévolu sur l'extraordinaire bâtisse pour en faire un banal dépôt d'archives et de bureaux à l'usage des fonctionnaires en charge du patrimoine régional de la Normandie orientale.

Avec la réunification de la Normandie, le conseil régional et ses services ont été redéployés dans la région avec un siège qui est désormais situé à Caen à l'abbaye-aux-Dames: les services du patrimoine régional s'y trouvent désormais.
Depuis lors, la maison Marrou, abandonnée est en deshérence: La façade en bois n'est plus protégée, délavée par la pluie, blanchie par le soleil et la pollution.  La rouille grignotte les ferronneries. Les herbes folles prospèrent derrière la grille. Par ailleurs, aucune signalétique ne permet au visiteur de repérer ou de connaître l'histoire de cet élément important du patrimoine architectural de la ville de Rouen pourtant situé à proximité de la gare SNCF.
L'intérieur en encore en plus mauvais état. Il y a suspicion de danger en raison de planchers fragilisés par le poids des documents archivés et mal répartis sur la surface.
L'état dégradé de la maison Marrou avait notamment alerté les visiteurs à l'occasion de l'exposition "Madame rêve en Bovary" organisée dans la maison Marrou dans le cadre de l'année Flaubert, du 17 avril 2021 au mois de juin 2022. La Région est partie à Caen sur la pointe des pieds et l'Etat propriétaire des lieux, via la DRAC est, comme d'habitude, aux abonnés absents.
Et comme d'habitude, ce sera aux citoyens lanceurs d'alerte et à leurs associations de faire le boulot que l'Etat ou les collectivités territoriales pourtant dotés d'armées de bureaucrates se contrefichent de faire poursauver et valoriser ce patrimoine architectural exceptionnel.
Rêvons un peu:
Pourrait-on évoquer une subvention de restauration de la Maison Marrou avec l'aide de l'Etat, la Région, le Département, la Métropole, la Ville dans la perspective de la candidature de Rouen au titre de capitale de la culture européenne en 2028?

La Maison de F. Marrou (1890)

 

Convaincu que la prospérité de ses affaires dépendait de la connaissance qu'en auraient les décideurs, Ferdinand Marrou, décida d'orner sa maison et son agence de vente des produits de son art.
Il avait choisi d'habiter rue verte, juste en face de ce qui était la sortie de la Gare du Chemin de Fer.
Il fit appel aux plus éminents réalisateurs de son époque. S'il s'était réservé, bien-sûr, la ferronnerie, l'architecture est due à Emile Janet, les boiseries à O. Geoffroy, la charpente à M. Pouchet, la statuaire à A. Guilloux et les vitraux à E. Lepêtre.
Derrière la grille monumentale qui longe la rue verte, la façade est garnie d'une profusion de fer forgé. Le balcon et l'imposte au dessus de la porte qui représente une allégorie du travail du fer. Les appliques en cuivre, ainsi que la crête qui surmonte le toit illustre le travail de ce métal. Des statues en plomb repoussé illustraient le travail du plomb.

Ferdinand Marrou (26 janvier 1836 à Vaucluse hameau de Montjay (Hautes-Alpes) – 15 mai 1917 Rouen ) est un ferronnier français.

Il est l'auteur des clochetons de la cathédrale Notre-Dame de Rouen, du clocher de l'église Saint-Romain et des épis de toiture du Gros Horloge et de la tour Jeanne d'Arc à Rouen et de ferronneries au Palais Bénédictine à Fécamp. Le plus « pharaonique » de ses travaux est la pose de quatre clochetons entourant la flèche de la cathédrale. Les dimensions de l'ouvrage sont exceptionnelles : chaque clocheton a 25 mètres de haut et pèse la bagatelle de 27 tonnes dont 7 sont ouvragées. En 1886, il est l'un des membres fondateurs de la Société des Amis des Monuments Rouennais. Lors de l'Exposition universelle de 1889, Marrou obtient la médaille d'or pour une fontaine en fer forgé. Son atelier périclite avec la Grande Guerre. Ses obsèques seront l'occasion d'un discours dithyrambique sur l'artiste. Il repose au cimetière monumental de Rouen.

À Bonsecours, il construit les coupoles du monument commémoratif en hommage à Jeanne d’Arc.

Il était l’ami de Gustave Flaubert. Il devient célèbre dans son art à Rouen à partir de 1874 où il réalise l’épi de faîtage formant girouette de la Tour Jeanne d’Arc.

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