Il y va fort notre ami Arnaud mais il a, hélas, raison!

ENFIN UN VRAI DEBAT NORMAND!

La lucidité est l'une des qualités du caractère normand et Arnaud Brennetot, enseignant-chercheur en géographie à l'université de Rouen n'en manque pas et celui qui a participé très activement dans le courant des années 2010 au groupe des géographes universitaires normands pour la réunification de la Normandie n'est pas suspect d'acrimonie à l'encontre de notre belle région, bien au contraire puisqu'il s'inquiète, non sans de solides raisons, de son avenir...

Nous avions ici relayé et publié en intégralité, il y a quelques jours, la note de synthèse que le géographe rouennais et normand avait mise en ligne sur son compte Linked In, note qui faisait le constat de quelques réalités structurelles normandes difficiles qui demeurent malgré l'élan positif de la réunification. Le manque de dynamisme métropolitain régional, l'égoïsme territorial (localisme), le sous-encadrement de l'industrie normande ou son manque de souveraineté à l'égard des grands donneurs d'ordre, le retard normand dans le domaine de l'enseignement supérieur et de la recherche scientifique avec pour conséquence, une perte d'attractivité et une fuite des jeunes, les plus doués, ambitieux, talentueux ou diplômés, tous ces éléments mettent gravement en cause la possibilité, à terme, d'un avenir de la Normandie... en Normandie!

Afin de porter plus loin et plus fort son alerte, Arnaud Brennetot vient de passer sur l'antenne nationale de France Culture dans l'émission "les enjeux territoriaux":

Normandie : une région en déclin (radiofrance.fr)

Capture

Cap sur la Normandie, les Enjeux territoriaux s'y rendent pour analyser les difficultés économiques de la région qui apparaît en déclin.

Avec:
  • Arnaud Brennetot Professeur de géographie politique, membre de l'UMR CNRS IDEES

La semaine dernière, la région a été élue « région la plus séduisante d’Europe » ou the « Most desirable european region 2022 » par des internautes anglais, ce qui est évidemment une bonne nouvelle pour l’industrie touristique locale, sauf que la réalité du territoire est bien différente de ces images d’Epinal de la côte fleurie et des falaises d’Etretat : depuis 5 ans, tous les ans, la Normandie perd des habitants, les gens partent car les opportunités ne sont pas suffisantes.

La Normandie est « la première région industrielle de France, la seule à pouvoir afficher un PIB régional comparable à celui de l’Allemagne », Hervé Morin, président du conseil régional de Normandie, n’a pas lésiné sur les hyperboles le mois dernier alors qu’il était interviewé par BFM Normandie. Evidemment, Hervé Morin parlait en structure du PIB et non pas en valeur pour se comparer à l’Allemagne, mais son bluff n'en a pas moins alerté les spécialistes qui décrivent une situation bien moins favorable pour l’industrie et l’économie normandes.

L'un des leurs justement, Arnaud Brennetot, au micro de Baptiste Muckensturm pour cette émission, nous décrit un  constat en trompe l'oeil, s'inscrivant dans une dialectique politique. Le géographe revient sur l'histoire industrielle de la Normandie, son déclin et ses quelques résistances dans la pharmacologie. Cependant, la désindustrialisation a fait perdre 40% des emplois dans le secteur secondaire normand ces quarante dernières années ; facteur aggravant Arnaud Brennetot souligne que : « contrairement aux régions du Nord et du Grand Est, la désindustrialisation n'est pas compensée le développement des activités de services - notamment des services marchands, des services aux entreprises - dans des proportions équivalentes ». Mêmes les villes préfectures connaissent la même dynamique, arrivant juste à maintenir les services publiques.

Dans cette émission : malgré quelques résistances locales liées au tourisme comme la Côte fleurie, le Cotentin et le département de la Manche, autopsie d'une région en déclin et de sa caractéristique principale : l'isolement.


 Commentaires de Florestan:

Après le constat sinon l'autopsie il faudrait mettre en oeuvre les mesures correctives nécessaires et s'y tenir pendant au moins une bonne vingtaine d'année. 

La politique d'intelligence économique menée activement par le nouvel exécutif régional normand dirigé par Hervé Morin depuis la réunification va dans le bon sens mais elle a un double défaut:

1) Cette politique d'intelligence économique territoriale n'existe que depuis 2018.

2) Hervé Morin est le SEUL élu territorial normand à s'intéresser sérieusement à la Normandie!

Cela fait peu pour porter l'avenir d'un projet régional ambitieux qui soit à la hauteur de l'histoire prestigieuse et de l'avenir de la région française la plus connue au monde...

Car l'urgence est aussi et surtout de SORTIR LA NORMANDIE D'UN SCHEMA COLONIAL DE DEVELOPPEMENT TERRITORIAL QUI EST TOUT SAUF... EFFICACE !

CONCRÈTEMENT:

QUAND VA-T-ON ENFIN AVOIR EN NORMANDIE UNE VRAIE MÉTROPOLE RÉGIONALE?

Que fait-on à ce sujet à ROUEN? (La capitale européenne du "Monde d'Après" de Mayer-Rossignol, un petit oisel socialiste qui se prend pour un aigle...)

... à CAEN?  (La capitale millénaire du localisme berrichon de Monsieur Bruneau)

... ou au HAVRE? (L'horizon élyséen d'Edouard en 2027)

La Normandie? Ils s'en foutent!


Lire aussi le communiqué de presse du Cercle normand de l'Opinion:

 

ENFIN UN VRAI DEBAT NORMAND  !

 Le géographe A. Brennetot, dans une note rédigée le 14 octobre, a jeté un sacré pavé dans la mare : « La Normandie, »première région industrielle de France ? » Un diagnostic en trompe-l’oeil ». Avec rigueur et lucidité, mais aussi à l’aide de statistiques comparées d’avec les autres régions françaises (ce que les décideurs locaux ne pardonnent pas, et ce, depuis des décennies : c’est trop accablant pour eux), le professeur Brennetot, sans nier la part essentielle du secteur industriel en Normandie, DEMONTRE :

- 1) Que la Normandie n’est pas la 1ère région industrielle de France

- 2) Que la Région connaît en ce domaine une croissance moins rapide que dans de nombreuses régions

- 3) Que des menaces de nouvelles désindustrialisations sont à y redouter

- 4) Que des solutions existent, notamment par un effort de concertation généralisée entre toutes les parties prenantes.

L’Agence régionale de développement de la Normandie – piquée au vif : elle n’est pourtant pas responsable - fait justement remarquer que les critères statistiques du géographe, évidemment incontestables, ne sont pas les seuls a devoir être pris en compte et, SURTOUT, que la dépendance de la Normandie par rapport à la région parisienne en matière de sièges sociaux fausse le jeu. En gros, la Normandie produit et Paris empoche les bénéfices et excipe de richesses non produites en Ile-de-France.

Les deux protagonistes ont raison. Il convient donc de se mettre d’accord sur toute l’ampleur du diagnostic à réaliser, mais aussi sur les résultats de la politique de l’État en région qui a trop longtemps ECARTER la Normandie de ses préoccupations essentielles. En témoignent les non-investissements INNOVANTS en matière ferroviaire et routière (la Normandie en ce domaine a pris au moins trente ans de retard) et l’on pourrait aussi parler de la non-prise en compte de l’importance NATIONALE DU DEVELOPPEMENT des Grands Ports maritimes et de la mise en valeur de la Vallée de la Seine… que l’État a voulu diriger souverainement en écartant, autant que possible, collectivités locales et acteurs et usagers.

Dès lors, des voies de redressement se dessinent si l’on veut bien lire entre les lignes les arguments avancés par le Professeur Brennetot et l’A.D.N.

- 1) Il est urgent de prendre conscience que de nombreux secteurs industriels normands sont menacés (Raffineries, Automobile) par un changement de paradigme : l'ébouriffante campagne anti—moteurs thermiques ! – N’oublions surtout pas les P.M.E. sous-traitantes de l’automobile ! - . D’autres secteurs industriels sont impactés par la hausse vertigineuse du prix de l’électricité (Verreries de la vallée de la Bresle – petites P.M.E. industrielles et artisanales). C’est au niveau de la production que la menace est la plus prégnante, c’est-à-dire la part de l’activité que Paris veut bien concéder à la Normandie.

- 2) Sièges sociaux et services marchands étant très déficitaires en Normandie, il serait absolument INDISPENSABLE que tout soit entrepris pour qu’il y ait relocalisation des services supérieurs en Normandie et qu’un accueil des cadres devienne une ardente priorité (en matière de logements, de liaisons avec la Capitale et les autres régions, avec des formations universitaires et de haut niveau, ainsi qu’une offre accrue de loisirs et de culture

- 3) Il devient IMPERATIF que les collectivités et autres E.P.C.I. se parlent et collaborent entre elles, sous l’égide de la Région et en partenariat avec l’Etat, en refusant le fractionnisme des métropoles et l’indifférence des départements.

Le prix sera lourd à payer pour les egos, mais , là, est la voie pour le devenir de la Normandie.

 

Ensemble des Cercles C.N.O, le 15 novembre 2022