Jeudi 20 octobre 2022 au Yacht Club de Caen, bassin Saint-Pierre, a eu lieu une conférence publique présentant le projet de reconstruire à l'identique la Mora, le navire amiral de Guillaume Le Conquérant entouré d'une flotte de près de mille embarcations partie à la conquête du royaume d'Angleterre à la fin de l'été de l'an 1066.

Le projet sera une expérience d'archéologie expérimentale et pédagogique de grande ampleur dans la lignée de la construction de la réplique à l'identique de la frégate l'Hermione ou de la création ex nihilo d'une  maison forte du XIIIe siècle dans la forêt de Guédélon (Yonne) en attendant aussi le démarrage de l'ambitieux projet de restitution à l'identique de la tour et flèche Nord de l'abbatiale-basilique-cathédrale de Saint-Denis. 

Malgré la présence de puissants freins idéologiques et institutionnels existants en France contre le développement des projets d'histoire publique, de recréation ou de restitution du patrimoine historique, c'est dans l'air du temps: le grand public veut se réapproprier son Histoire, se ré-enraciner car le patrimoine et l'Histoire ne doivent pas disparaître derrière les vitrines des musées ou n'être que des ruines offertes à la seule contemplation et étude des scientifiques.

Reconstruire la Mora en Normandie va créer une dynamique très positive en faveur d'une réappropriation des héritages normands par les Normands: le projet sera fédérateur comme le projet du duc Guillaume le fut à la fin du XIème siècle. L'un des enjeux de ce projet est de fédérer les associations et acteurs qui ont les héritages culturels et historiques de la Normandie en partage.

Ce sera une aventure qui va durer dix ans et qui a, d'ores et déjà le soutien financier de la région Normandie, du conseil départemental du Calvados et de la communauté de communes d'Honfleur...

A l'origine de ce projet, un contact direct entre Alain Bourdeaux qui fut à l'origine de la renaissance de l'Hermione et le bien nommé Michel... Lamarre, le maire inamovible de Honfleur, courant 2018. La nouvelle de ce projet avait même suscité quelques interrogations ou jalousies typiquement localistes et normandes chez d'autres élus de la côte Fleurie qui avait estimé avoir plus de légitimité historique et géographique pour accueillir un tel projet que le port de Honfleur. Mais Alain Bourdeaux tenait à ce que ce projet bénéficie pour son lancement et son financement d'un flux touristique annuel suffisamment important et constant. Le choix du port de Honfleur s'est finalement imposé à tous...

Les premiers travaux consistant dans l'aménagement du site dans la friche portuaire de Honfleur, vont commencer en 2023.

Pour en savoir plus:

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Accueil - La Mora - Guillaume le Conquérant (la-mora.org)

Extrait du site:

La reconstruction de la Mora se veut la plus authentique possible et s’inscrit dans un projet d’archéologie expérimentale. Elle s’appuie sur l’iconographie de la Tapisserie de Bayeux, sur l’expertise de son comité scientifique – spécialistes de l’histoire maritime normande et en archéologie maritime, architectes navals, charpentiers de marine… – et sur les connaissances empiriques du musée de Roskilde, au Danemark.
L’association s’appuie en effet sur les travaux du musée danois qui depuis la découverte d’épaves du XIe siècle à Skuldelev, en 1962, a reconstruit plusieurs répliques en respectant les techniques et les gestes du XIe siècle.

 Malgré l’absence des plans de l’époque, la synthèse des connaissances a permis d’esquisser le visage de la Mora, celui d’une esnèque manœuvrant et marin. « C’est un bateau de guerre de type Viking au profil très effilé et donc rapide. Nous sommes partis sur un navire en chêne de 34 m de long et de 5 m de large capable de transporter 70 hommes d’équipage dont 60 rameurs. Il aura aussi un gréement à voile carrée de 150 m2 », précise l’architecte naval Marc Ronet qui a réalisé les premiers plans de la Mora. L’une des particularités de l’esnèque réside dans son faible tirant d’eau qui lui permet de remonter les rivières et de s’échouer facilement sur le rivage.construction navale, accueil du public, librairie, boutique, billetterie, visites guidées, maintenance du site, services administratifs… Ce chantier sera aussi l’occasion pour certaines entreprises de former leurs propres apprentis, notamment en charpenterie de marine. Un dernier module concernera la formation du futur équipage de la Mora ! Des emplois saisonniers devraient également être proposés.

Ce projet passionnant exige aussi de rechercher et de comprendre les techniques constructives du XIe siècle ainsi que les choix opérés par les charpentiers d’alors (voir l’interview de Marc Ronet ci-après). Dans le cadre du chantier spectacle qui doit durer cinq ans et mobiliser une dizaine de compagnons, le public pourra découvrir la mise en œuvre de ce procédé constructif empruntant la gestuelle et les outils du XIe siècle. La reconstruction qui se veut la plus authentique possible doit aussi permettre à la Mora d’être agréée par les Affaires maritimes et, donc, de pouvoir naviguer !

Interview de Marc Ronet, architecte naval :

La façon de construire est-elle différente ?

Contrairement à ce que nous avons l’habitude de faire aujourd’hui, la construction de l’esnèque se fait en bordés premiers. On commence par monter les bordés, l’enveloppe extérieure, avant de poser les membrures, c’est-à-dire le squelette. Cette méthode implique un savoir-faire très particulier et moins d’outillage mais c’est aussi un reflet des moyens disponibles au XIe siècle.

Comment procédaient les charpentiers du XIe siècle ?

La façon de débiter le bois, de raboter les planches, d’assembler les pièces est liée aux outils du XIe siècle. Les charpentiers de l’époque utilisaient ainsi du bois vert plus facile à cintrer. Après avoir abattu les chênes, ils les refendaient avec des coins et des masses puis débitaient les planches pour faire les bordés. L’intérêt de refendre le bois est de lui laisser suivre son propre fil : au final, les bordés sont plus solides et moins épais, et les bateaux plus légers.

À quels défis êtes-vous soumis ?

Les charpentiers de marine vont devoir réapprendre ces gestes et ces techniques qui ne sont plus utilisés aujourd’hui. Le second défi porte sur l’homologation du bateau car les normes européennes ne prennent évidemment pas en compte les navires du XIe siècle. Or les 34 m de long de La Mora la classent parmi les bateaux de grande plaisance ! Nous réfléchissons avec les Affaires maritimes pour trouver des solutions techniques afin de répondre aux normes de sécurité actuelles.

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Voir aussi:

Le navire de Guillaume le Conquérant sera reconstruit à Honfleur (ouest-france.fr)