Billet de Florestan:

Vers un reconfinement cet hiver, crise énergétique aidant ?

Capture d’écran du 2022-10-11 22-49-28

Il suffit qu'une poignée de grévistes de la CGT ou de FO refusent, depuis quinze jours, de charger les camions se présentant aux portes de la raffinerie Total de Gonfreville-L'Orcher en amont du port du Havre où travaillent quelques 1600 salariés pour réclamer, non sans légitimité, une augmentation de 10% d'un salaire somme toute relativement confortable (environ 2500€ par mois pour le salaire de base sans les primes d'intéressement pour 31 heures par semaine) à un mois des négociations salariales internes au groupe Total Energies dont le patron vient de s'octroyer 50% d'augmentation pour porter son salaire annuel à 10 millions après avoir annoncé quelques 10 milliards de profits exceptionnels en juillet dernier... Pour qu'un tiers ou presque des stations-services de France soient à sec car l'exemple de la raffinerie normande a fait tâche d'huile dans les sept autres raffineries du pays donc cinq sont possédées par le groupe Total Energie.

Au- delà de cette crise des carburants opportuniste nichée au coeur de la crise énergétique que ce gouvernement incompétent n'a pas vu venir, s'impose à tous cette évidence normande: notre région est la région française des énergies tant pour la production d'électricité (le nucléaire) que pour le raffinage des produits pétroliers. Les raffineries normandes de la vallée de la Seine (Gonfreville-L'Orcher pour Total et Notre-Dame-de-Gravenchon pour Exxon) produisent, en effet, 30% de l'essence distribuée en France.

Revue de presse...


https://www.ouest-france.fr/normandie/reportage-en-normandie-avec-deux-raffineries-a-l-arret-des-stations-service-sont-a-sec-6cd9849a-43f4-11ed-9f8f-3a4ea2d19641

(Texte de Xavier Oriot, Ouest-France Caen)

REPORTAGE. En Normandie, avec deux raffineries à l’arrêt, des stations-service sont à sec

Les deux plus grandes raffineries françaises, TotalEnergies et Exxonmobil, toutes les deux basées en Normandie, sont à l’arrêt en raison d’un mouvement de grève pour l’augmentation des salaires. Conséquences : les premières stations Total sont en rupture de gazole et de sans-plomb.

La station Total de Rogerville (Seine-Maritime) est la plus proche de la raffinerie TotalEnergies, basée à Gonfreville-l’Orcher, mais elle n’est pas épargnée pour autant. La file de voitures et de poids lourds s’allonge. « Depuis vendredi, je n’ai plus de sans-plomb 95 et 98, prévient, désolée, la pompiste derrière sa caisse. Et je ne sais pas quand je serai réapprovisionnée.

Plus radical : les stations Total Perrey sur le front de mer au Havre et celle à l’entrée de ville sont fermées. Depuis vendredi, pour la première. « Il n’y a que la station de lavage qui est en service » , confirme le gérant.

À Équemauville (Calvados), près de Honfleur, le garage Goulain a scotché un mot sur la pompe : « Suite à une grève sur les raffineries, nous n’avons pas été approvisionnés en carburant. Nous espérons un retour à la normale, mercredi 5 dans la journée. » À Honfleur et Beuzeville, les pompes sont enveloppées du bandeau « hors-service ». À Port-Jérôme, c’est la station Esso qui manque de gazole.

Lire aussi : REPORTAGE. « On fait le tour de la ville » : la difficile quête de carburant dans les statio ns Total à Caen

« Un effet de panique »

À Caen, au garage Crapart, boulevard du Maréchal-Juin, le gérant voit les clients défiler, et ses réserves se vider. « Depuis septembre, on est entre 20 000 et 30 000 l, soit un camion par jour. En temps normal, c’est un camion tous les deux à trois jours. Ce matin, j’en ai eu un de 36 000 l de gasoil. Il va être vide ce soir », déplore Thierry Crapart. La raison : avec sa ristourne de 20 centimes par litre de carburant, Total est devenu « moins cher qu’en grandes surfaces . Maintenant, avec les grèves dans les raffineries, il y a moins de camions et un effet de panique. »

À Coutances (Manche), Jean-Pierre Murier, gérant de la station Total, ne déplore pas de pénurie. « Je suis livré tous les deux jours par le dépôt pétrolier de Vern-sur-Seiche à raison de 28 000 voire 35 000 l de carburant par livraison. » Néanmoins, il constate que « la demande est très forte depuis le 1er septembre à cause de la ristourne appliquée par TotalEnergies. 60 % des clients ne sont pas des habitués et prenaient leurs carburants dans les grandes surfaces. »

Raffineries à l’arrêt

Les deux plus grandes raffineries françaises, toutes les deux basées en Normandie (TotalEnergies à Gonfreville-l’Orcher et Exxonmobil à Gravenchon), sont totalement à l’arrêt, depuis jeudi pour la première, depuis deux semaines pour la seconde.

Dans les deux cas, le personnel demande une revalorisation des salaires de 10 % chez Total et de 7,5 % chez Exxon. Sébastien Pichault (FO) et Reynald Prevost, coordinateur FO à Exxon, indiquent que «80 % du personnel est en grève depuis deux semaines » avec un piquet devant la raffinerie et des relèves tous les 3x8.

Exxon produit 11 millions de tonnes de carburant par an. Avec son usine de pétrochimie, qui produit des plastiques, bitume, asphalte, lubrifiants etc., la raffinerie emploie 2 500 salariés sur la zone industrialo-portuaire de Port-Jérôme, sous le pont de Tancarville.

« Nous demandons une augmentation des salaires de 7,5 %. La direction campe sur sa position et reste figée à 5 %, pose Reynald Prévost, alors que le groupe a fait 1 300 millions d’euros de bénéfices au premier semestre. » Sébastien Pichault et Reynald Prevost affirment que leur demande équivaut à « deux jours de production. Là, c’est un mois de manque à gagner pour l’entreprise car il faut une semaine pour arrêter une raffinerie et dix à quinze jours pour la redémarrer. » Les grévistes demandent aussi une prime Macron, exonérée de cotisations, de 4 000 €.

Lire aussi : La grève chez TotalEnergies fait craindre une pénurie de carburants

« Pas de manque de carburant » pour TotalEnergies

Pas de piquet de grève devant TotalEnergie à Gonfreville, première raffinerie française, qui produit un peu plus qu’Exxon avec 12,3 millions de tonnes par an (soit 20 % de la capacité de raffinage de la France) et emploie 1 600 CDI. Selon la direction, une hausse des salaires de 3,5 % a déjà été octroyée en janvier. Il faudra quatre jours pour redémarrer la raffinerie.

Malgré la fermeture des stations-service, TotalEnergies continue d’affirmer qu’« il n’y a pas de manque de carburants car nous avons constitué des stocks et procédons actuellement à des imports réguliers ».

(Commentaire de Florestan: parmi ces imports de produits raffinés on trouve du diesel en provenance de... Russie)

Le pétrolier assure que « malgré les mouvements sociaux, le réapprovisionnement de nos stations se poursuit dans le contexte de l’opération de baisse des prix. Nos équipes restent mobilisées pour faire face à cette demande plus élevée que d’habitude et continuent de réapprovisionner le réseau grâce à des moyens logistiques supplémentaires. »

L’entreprise veut rassurer les automobilistes : « Il n’est pas nécessaire de se précipiter en station car la baisse des prix proposée est effective jusqu’à la fin de l’année. »

Mardi 4 octobre 2022, les deux conflits sociaux étaient partis pour durer. Chez Exxonmobil, les grévistes votaient à l’unanimité la poursuite du mouvement.


https://www.lecourriercauchois.fr/actualite-328807-gonfreville-l-orcher-la-cgt-refuse-la-proposition-de-totalenergies-qu-elle-qualifie-de-chantage

Gonfreville-l'Orcher. La CGT refuse la proposition de TotalEnergies qu'elle qualifie de "chantage"

Mouvement social. Les relations entre TotalEnergies et la CGT sont au point mort. La direction du groupe appelle à nouveau, cet après-midi du lundi 10 octobre, les syndicats à la négociation… sous conditions.