En 1829, les premiers bains de mer démarraient sur la plage de Granville à usage thérapeutique tandis qu'en 1830 la plage de Dieppe recevait la jeune Reine d'Angleterre Victoria ainsi que toute la cour royale:

A cette époque, les plages normandes étaient fréquentées par tout le Gotha européen. On pensera aussi à la station de Deauville fondée par le duc de Morny: un âge d'or du tourisme balnéaire normand s'ouvre alors des années 1860 à 1914, un tourisme plutôt huppé car c'est toute l'élite parisienne de la politique, des affaires et des arts qui se donne rendez-vous dans les villas de la côte normande à moins de quatre heures de train de la Capitale. Seule concurrence? La Côte d'Azur provençale et méditerrannéenne d'abord peu prisée par les élites parisiennes mais appréciée par la gentry britannique ou l'aristocratie européenne ou russe pour la saison d'hiver: la saison d'été se passant de façon privilégiée sur la côte normande.

Inutile de dire qu'après deux guerres mondiales et tous les bouleversements qui s'en suivirent, cet âge d'or de la côte normande s'est envolé au profit d'un tourisme populaire familial de masse et de proximité: seule la station de Deauville tente de conserver son positionnement "haut-de-gamme". Un positionnement concurrencé par les stations balnéaires haut-de-gamme de la façade littorale ouest: Dinard, Le Baule, Arcachon, Le cap Ferrat ou Biarritz.

A partir des années 1970-1980, le tourisme balnéaire de masse s'est concentré sur les littoraux du Sud-Ouest et de la Méditerrannée: le littoral de la Manche, de la Bretagne à la Picardie en passant par la Normandie attire une clientèle plutôt familiale et de proximité. C'est l'époque des vacances calmes, simples et tranquilles de quinze jours passés au camping, en colonie ou dans une maison de famille qui donnèrent des souvenirs d'enfance à des générations entières: le bronze-cul c'est le Languedoc avec son Cap d'Adgde scabreux pas fait pour les enfants...

En conséquence, le littoral normand a été relativement épargné par la construction d'un nouveau "mur de l'Atlantique" par des promoteurs immobiliers peu inspirés...

On aurait pu en rester là si le changement climatique qui se fait de plus en plus sentir depuis dix ans, n'était pas en train de changer la situation:

Sur le littoral méditerranéen, l'été, il fait de plus en plus chaud, notamment dans l'arrière-pays et les concentrations humaines estivales créent aussi de plus en plus de nuisances sociales ou institutionnelles: le marché de l'immobilier ou du foncier s'en ressent tandis que s'observe une dégradation de la qualité des relations humaines.

En revanche, sur le littoral de la Manche, notamment en Normandie car notre région est moins médiatiquement exposée que la Bretagne, certains lieux ressemblent encore à des terres vierges authentiques sinon inconnues: telle ou telle petite valleuse secrète du Pays de Caux ou tel ou tel havre ou plage de la côte Ouest du Cotentin sont encore préservés.

Pour combien de temps encore?

Car les flux touristiques en provenance de la première région urbaine de France et d'Europe sont en train de changer comme nous l'indique l'étude proposée par Le Parisien à lire ci-dessous: la Normandie littorale et balnéaire va-t-elle connaître un nouvel "âge d'or"? Tout dépendra du profit socio-culturel de ces nouveaux touristes arrivant et découvrant l'été le littoral normand et son patrimoine naturel et historique.

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Seine-Maritime, Calvados, Somme... les Franciliens vont de plus en plus en vacances dans le Nord

Le Parisien esquisse le portrait des vacances passées par les Franciliens cet été, à partir des données de SFR Geostatistics. Elles confirment le succès du littoral, mais attestent aussi de l’essor de nouvelles destinations.

Et si, à l’avenir, les Franciliens abandonnaient le Var pour savourer leurs vacances en Seine-Maritime ? Des chiffres de SFR Geostatistics, que Le Parisien révèle, montrent en cet été 2022 une tendance – timide mais nette – pour les habitants d’Île-de-France à délaisser le sud de la France au profit du Nord. L’opérateur a utilisé les données de localisation de ses clients (anonymisés et redressés afin de couvrir toute la population) pour analyser les principaux lieux de villégiature des Franciliens, en France métropolitaine.

« Les gens cherchent à fuir les centres-villes où il fait chaud. Les offices de tourisme, sur le terrain, voient de plus en plus de personnes qui viennent car elles ont trop chaud ailleurs », constate auprès du Parisien Xavier Prévotat, le directeur de Seine-Maritime Attractivité, qui note une tendance qui s’observe « depuis 5 à 10 ans ». Selon les chiffres de l’opérateur SFR, ce département a gagné 30 000 visiteurs hebdomadaires de plus cet été par rapport à 2019, le plaçant à la 30e place des départements les plus visités par les habitants en Île-de-France (contre 84e il y a trois ans).

Des évolutions avec le changement climatique

Les données de SFR Geostatistics montrent donc un engouement pour les départements du nord de la France. Outre la Seine-Maritime, le Calvados, le Nord, le Pas-de-Calais et la Somme enregistrent chaque semaine entre 8 000 et un peu plus de 10 000 touristes originaires d’Île-de-France en plus, par rapport à 2019. La Manche, l’Eure ou l’Orne, entre autres, voient également leur fréquentation de Franciliens augmenter cet été.

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Les « changements climatiques peuvent avoir des conséquences sur la fréquentation touristique dans certains territoires ou certains types d’hébergements », prévoyait l’Insee dans une étude publiée en août et consacrée aux territoires face au réchauffement climatique. « Depuis 2011, les nuitées touristiques dans l’hôtellerie de plein air augmentent plus fortement dans les départements littoraux au nord de la Vendée que dans les départements méditerranéens », relevait également l’institut statistique.

Le Var, éternelle destination numéro 1

Mais cette tendance est encore loin de chambouler le tableau des destinations privilégiées par les habitants de la région francilienne. Le département du Var a été, cet été encore, le plus visité par les Franciliens. En moyenne, entre le 11 juillet et le 21 août 2022, plus de 140 000 d’entre eux étaient présents chaque semaine dans le département méditerranéen. La deuxième destination la plus prisée se trouve sur le littoral… atlantique : il s’agit de la Charente-Maritime (avec La Rochelle, qui est devenue une destination de choix pour les Franciliens), où plus de 100 000 d’entre eux en moyenne s’y trouvaient chaque semaine sur la même période.

Par rapport à une période comparable en 2019 (du 15 juillet au 25 août 2019), le classement des destinations 2022 des Franciliens n’est que peu chamboulé. Outre le Var et la Charente-Maritime, la Vendée, l’Hérault et la Gironde complètent le top 5. Environ 90 000 Franciliens ont visité chaque semaine ces trois départements au cours de l’été. Suivent ensuite les Bouches-du-Rhône (+1 place) et le Morbihan (- 1 place), avec plus de 80 000 visiteurs originaires de l’Île-de-France.

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À l’inverse, certains enregistrent moins de Franciliens qu’ils n’en comptent en temps normal (des travailleurs par exemple). C’est le cas de l’Oise, du Nord, de l’Eure-et-Loir, de l’Aisne, de la Marne ou de l’Eure. Parmi les autres territoires qui attirent peu les Franciliens en vacances, voici une liste non exhaustive : l’Ariège, les Vosges, la Mayenne, le Loiret, le Bas-Rhin ou encore la Moselle… Peu de surprises : sans accès à la mer, ces départements ont peu d’atouts l’été venu, d’un point de vue touristique.