Les consommateurs apprécient de plus en plus dans les assiettes des brasseries parisiennes, le retour du "boeuf normand" dont la viande persillée et fondante vaut bien celle de l'Angus écossais. Problème... C'est qu'il devient difficile de trouver des fournisseurs de viande bovine de race normande y compris en Normandie.

Du côté du lait, puisque la race bovine normande a l'originalité d'être mixte, ce n'est guère mieux: la "guerre du camembert" qui s'est enfin terminée il y a quelques semaines avec un arrêt du Conseil d'Etat contre des industriels laitiers jusqu'au-boutistes, a empêché la mise en oeuvre d'un vrai compromis laitier normand dans le cadre d'une AOC/AOP Camembert de Normandie élargie à tous les éleveurs laitiers de Normandie avec plusieurs niveaux de qualité pouvant cohabiter dans l'appellation: l'objectif était de tirer toute la filière laitière vers la qualité la plus exigeante possible avec, à la clef, la relance de la normandisation d'un cheptel bovin laitier désormais constitué de... 70% de vaches Prim'Holstein: un comble! Alors que l'on sait le succès rencontré à l'international, notamment en Amérique, par la race normande (Wisconsin, Colombie...).

On ne peut donc pas se résigner à constater que "nul n'est prophète en son pays" car si on laisse les choses courir comme elles le font actuellement, c'est l'avenir même du métier d'éleveur bovin en Normandie qui sera en cause d'ici moins de vingt ans au regard des nombreux départs à la retraite qui ont lieu en ce moment  avec bien peu de jeunes qui veulent se lancer dans un métier certes passionnant mais rude et qui continue de mal payer si l'on reste dans le secteur "conventionnel".

C'est la raison pour laquelle la région Normandie va se mobiliser pour relancer la "normandisation" du cheptel laitier normand puisque les choses se sont juridiquement stabilisées du côté du camembert AOC et qu'une reconnaissance européenne de la race normande pour la viande est en cours.

Mais nous craignons hélas que cela ne soit pas suffisant. 

En effet, pour créer un vrai effet d'entraînement et lancer réellement la "normandisation" du cheptel laitier normand pourquoi ne pas créer une AOC/AOP "Lait de Normandie"?


 https://www.lefigaro.fr/conjoncture/la-normandie-se-mobilise-pour-sauver-la-vache-regionale-20220821

La Normandie se mobilise pour sauver la vache normande

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Le cheptel de la race Normande décline au profit de la Prim’Holstein. Des aides sont proposées aux éleveurs.

À Caen

«Aujourd’hui, nous sommes dans une situation critique où la demande en viande de race Normande commence à être supérieure à l’offre», ajoute Anne-Sophie Grosdoit, dirigeante de l’entreprise Groisdoit. Leemage via AFP/Leemage via AFP

Dirigeante de l’entreprise Grosdoit basée à Rouen (Seine-Maritime), Anne-Sophie Grosdoit, qui fournit en bœuf de race Normande les tables de l’Élysée, de l’Assemblée nationale, ou encore celles de quelques capitaines d’industrie, tire la sonnette d’alarme. «La rentrée de septembre va être très dure, on se dispute déjà les pièces», confie-t-elle.

En cause: la disparition progressive, au cours de ces dernières décennies, des vaches endémiques de Normandie au profit de la Prim’Holstein, importée des Pays-Bas, censée être plus productive en lait, moins grasse pour les bouchers et moins chère pour les éleveurs. Les départs à la retraite de petits exploitants qui travaillaient encore la Normande et dont la relève n’est plus assurée, accélèrent le phénomène. Il y a jusqu’à 200 exploitations en moins par an. «Aujourd’hui, nous sommes dans une situation critique où la demande en viande de race Normande commence à être supérieure à l’offre», ajoute Anne-Sophie Grosdoit, qui vante son goût plus persillé. Cette race représenterait moins de 30 % des 2,07 millions de vaches recensées en Normandie en 2020.

Consciente de la situation, la région avait lancé en janvier dernier un AMI (appel à manifestation d’intérêts) à l’adresse des éleveurs pour les inciter à réintroduire des vaches de race Normande dans leurs cheptels. D’autant plus que la Normande est dite «mixte», c’est-à-dire lait et viande. Quelques exploitations se sont alors montrées intéressées.

La bataille du camembert

Mais beaucoup d’agriculteurs ont préféré attendre, sur fond de guerre du label AOP pour le camembert. Le Syndicat normand des camemberts, qui compte le groupe Lactalis, Savencia, Isigny Sainte-Mère souhaitait pouvoir continuer à utiliser la mention «Fabriqué en Normandie» sur des fromages ne répondant pas aux cahiers des charges de l’AOP Camembert de Normandie, des fromages au lait cru, moulés à la louche, avec au moins 50 % de lait de vaches normandes.

Grâce à l’AOP sur le camembert à base de lait de race Normande et l’homologation en cours de la viande par l’Union européenne, on devrait trouver un nouvel écho

Hervé Morin, président du conseil régional

Finalement, après le rejet le 22 juillet dernier par le Conseil d’État du recours de Lactalis contre l’AOP Camembert de Normandie, la région se remet à espérer séduire des agriculteurs avec ses aides à la «normandisation». «Grâce à l’AOP sur le camembert à base de lait de race Normande et l’homologation en cours de la viande par l’Union européenne, on devrait trouver un nouvel écho», espère Hervé Morin, président du conseil régional, qui raconte avoir «joué les VRP cet été» auprès des entreprises locales pour qu’elles acceptent de mieux payer les producteurs de viande et de lait issus de la race régionale.

Directeur général de la Coopérative Isigny Sainte-Mère située dans le Calvados, Daniel Delahaye confirme offrir désormais des «primes de naissance pour des veaux normands» aux éleveurs et pratiquer des «prix plus incitatifs». Pour lui, c’est gagnant-gagnant. «L’origine de la race Normande du lait est essentielle si nous voulons conserver notre appellation Beurre et crème d’Isigny. C’est dans le cahier des charges de l’AOP», dit-il. À Rouen, Anne-Sophie Grosdoit se dit également prête «à rémunérer les éleveurs de viande à la hauteur de leurs investissements» pour réintroduire la race Normande.