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Nous remercions vivement notre contributeur Barreau qui nous propose ci-après, bien plus qu'une humeur puisqu'il s'agit d'une belle balade dans le paysage chantant des ballades et autres chansons consacrées à la Normandie dans la musique populaire depuis un bon siècle.

Ce panorama n'étant pas exhaustif, nous comptons sur vos remarques et commentaires pour compléter ce tour de chant normand!

 

La Normandie en Musique

 C'est en découvrant cette chanson récemment, Le capitaine de la barrique (2014) du groupe parisien La rue Kétanou dans laquelle est évoquée la vie d'un marin d'Omonville la Rogue, Gaston Guillon, que m'est venue cette réflexion: la chanson et la musique en général ont toujours été un vecteur de notoriété. Comme partout, elles ont tenu une place importante dans notre région.

S’en est suivie cette idée: comment établir une forme de compilation qui recenserait les artistes normands ou d'ailleurs, qui mettent en valeur la Normandie ou qui l'évoquent dans leurs chansons voire la font rayonner et ceci des temps anciens jusqu’à nos jours ?


1/ Cela peut être sur une chanson précise, par exemple :

- L’hymne de notre région, chanson connue dans le monde entier, encore chantée dans écoles du Québec et, en son temps, surnommée "la Marseillaise des sentiments", écrite en 1836 par notre rouennais Frédéric Bérat, Je veux revoir ma Normandie

Toute l’histoire de cette chanson et de son auteur ici

- L’hymne du Cotentin Su la mé du cherbourgeois Alfred Rossel (1895), interprété ici par André Dalibert en 1961

Je pense également à trois succès du siècle dernier dont les titres sont sans ambiguïté et qui ont inondé les ondes des transistors français :

- Stone et Charden en 1973 avec Made in Normandie (l’origine de la carte postale ?)
‌- Les Charlots en 1973 avec une joyeuse parodie de notre hymne J'irai revoir la Normandie
-
Gérard Blanchard en 1987 avec Elle voulait revoir sa Normandie

Et à d’autres qui ont chanté ou évoqué une ville en particulier :

- Lia Origoni chante les "amoureux du Havre" (1950), chanson reprise par Léo Ferré: Lia Origoni - Les amoureux du Havre - Léo Fèrré - Bing video

- Frida Boccara Cherbourg avait raison (1961) important succès national, cette chanson tiendra 24 semaines au Marathon de la chanson française sur les antennes de RTL

- Charles Aznavour Les galets d’Étretat (1971)

- Dick Annegarn Coutances  (1975)

- Georgette Plana L’été à Étretat (1976)

- Charles Dumont Nuit blanche à Honfleur (1976)

- Les Valentins Étretat(2001)

 

- Alain Souchon

J'aimais mieux quand c'était toi (2005) il y est question de Granville et du Raz Blanchard

Portbail (1985)

- Benjamin Biolay Les falaises d'Étretat (2003)

- Henri Salvador Mourir à Honfleur (2006)

- Thibaut Derien Le Far West (2010)

- Thomas Verovski Un Besoin d'Etretat (2012)

- Catherine Ringer Au fil du Havre (2017) Hommage à la ville pour ses 500 ans

- Romain Didier La maison tout près d'Avranches(2021)

- Agnès Ratel Mont Saint Michel (2021?)


2/ des artistes identifiés comme normands soit par l’ensemble de leur œuvre, soit par l’image qu’ils véhiculent :

- Bourvil (Seine Maritime) Pour sûr (1946) et juste pour le plaisir d’entendre LE normand identifié comme tel par tous.

- Allain Leprest (Manche / Seine-Maritime) poète génial connu et reconnu par ses pairs mais ignoré par le grand public.

Le Passous Cotentin (2008)
Mont St-Aignan (1988)

Martainville (1988)

- Gérard Lenorman (Benouville): Evidemment ! Avec cette très belle chanson sur la question de l'identité régionale (1970)...

Gérard lenorman - Entre provence et Normandie - Bing video

 


-
Oldelaf «  la Normandie que j'ai dans le sang par mes parents, et où je me sens bien » (sic)

Courseulles sur Mer (2011)

Le Mont St-Michel (2005)

 

- Vincent Delerm (Eure)

Deauville sans Trintignant (2002)

Voici la ville (2006) où il chevrote sur sa ville d'Evreux

 

- Little Bob (Le Havre) The Phone Call (2009) qui serait l’un des rares groupe de rock français à avoir obtenu une reconnaissance au Royaume Uni

- François Morel (Flers) Monsieur Satie (2010) c’est à l’époque où il n’était pas encore ébloui par les marins bretons...

- Orelsan (Caen) La pluie (2018) dans une chanson grise comme le mauvais temps, il confesse, comme une éclaircie, sa nostalgie du pays : « Si j'suis parti, c'est parce que j'avais peur de rouiller, trempé, j'aurais jamais pensé qu'le mauvais temps finirait par me manquer »

- La Maison Tellier (Rouen) Atlas (2022) le choix du nom du groupe fait référence à notre génial écrivain Maupassant

 

3/ De nouveaux talents émergent qui, espérons-le, sauront mettre en avant ou incarner notre région :

- Lili Cros & Thierry Chazelle Le Havre, sur le Port (2017)

- Boulle (Rouen) Atome par atome (2019)

- Arnaud Herrero (Rouen) Étretat (2020)

- The National Wood Band (Evreux) Eldorado (2020)

- Kevin Bodé (Manche) Cap sur le Cotentin (2021)

- Victor Deverre (Flers) La lune à contre-jour(2021)

- Philippe Géhanne / Philippe Lemaréchal (Manche) Le Pont sur l'Orne (2021)

- Ella Vincent (Rouen) Le monde est en pause (2021)

- Charlie (Bayeux) Ordinaire (2022)

- Andrei (Rouen) Bienvenue à Rouen (2022)

 

4/ Le répertoire traditionnel :

- Les gars de Senneville, écrite en 1890 par Edouard Moullé. Cette chanson faisait partie intégrante du répertoire des Terre-Neuvas de Fécamp, lors de campagne de pêche.

Bien qu’on trouve nombre de reprises de cette chanson du répertoire des Terre-Neuvas de Fécamp, par des groupes bretons (et oui, chanson de marin = exclusivité bretonne), ma préférence ira au groupe folklorique de Pont- L’Evêque qui l’interprète en 1958.

- Mait'Gires
- Mes souliers sont rouges

- Clameur de haro

- Willy et les Conquérants, fabricant de l’hymne officiel de Camembert...

 

5/ De nombreux Normands se sont illustrés dans les musiques savantes notamment au XXe siècle mais, à la notable exception de Paul Paray qui consacra sa seconde symphonie à notre littoral normand, aucun n'a vraiment illustré musicalement la région de sa naissance...

- Camille Saint-Saens (Dieppois du côté paternel) Danse macabre(1874). Saint-Saens fait le  service minimum pour sa région d’origine, n’ayant jamais consacré une œuvre à celle-ci.

- Erik Satie (Honfleur)Gnossienne (1890) ré-arrangé ici en 2020 par Thylacine, un compositeur de musique électro. Qui n’a jamais entendu au moins une fois une gymnopédie ou une gnossienne ?

-André Caplet (Le Havre) qui écrivit l'une des musiques les plus subtiles et les plus spirituellement élevées de toute la musique française. Par exemple, l'extraordinaire "Miroir de Jésus" sur les textes du Rosaire: ici, le mystère glorieux de l'Assomption... Assomption André Caplet "Le Miroir de Jésus" Marie-Claude Chappuis - Bing video

-Arthur Honegger (Le Havre) fils de famille alsacienne protestante du Havre et qui fut l'un des compositeurs les plus populaires en France dans les années 1920-1930: Il a, par exemple, proposé l'imitation d'une locomotive à vapeur à l'orchestre... Arthur Honegger Pacific 231 - Gennady Rozhdestvensky - Bing video

- Paul Paray (Le Tréport) qui fit une grande carrière de chef d'orchestre en Amérique a aussi écrit une symphonie (n°2) dédiée à la Normandie et à la mer: Paul Paray: Symphony No. 2 in A "Le Tréport" - Bing video

- Gabriel Dupont (Caen) qui fut l'un plus grands virtuoses du piano français et écrivit des mélodies et des oeuvres pour piano et orchestre égalant celles de Debussy ou de Ravel: à écouter ici, l'une des plus belles pages de la musique française pour le piano, "la maison dans les dunes". Gabriel Dupont - Marie-Catherine Girod (1997) La Maison dans les dunes (1907-09) - Bing video

- Abel- Marie Decaux (Auffay) musicien très secret et subtil qui fut surnommé le "Schoenberg français". Les pianistes le connaissent encore pour ses merveilleux "clairs de lune" pour le piano qui s'inspirent de Claude Debussy mais le Cauchois est plus audacieux... Abel Decaux - Marie-Catherine Girod (1990) Clairs de lune (1900-1907) - YouTube

- Maurice Duruflé (Rouen) le plus grand organiste français des années de l'après guerre, compositeur gracieux et subtil encore très joué aujourd'hui et dont le requiem est apprécié dans le monde entier: 1. Introit (Requiem Aeternam) - 2. Kyrie eleison - Requiem - Maurice Duruflé - Bing video

 

Dans la musique plus ancienne (XVI- XIXè siècles) on relevera aussi les noms des compositeurs normands suivants:

- François-Adrien Boieldieu (Rouen) dont les opéras étaient sur toutes les scènes parisiennes du Second empire. On écoutera ici son ouverture d'opéra la plus connue: "la dame blanche" Boieldieu : La dame Blanche (Overture) - Bing video

-Daniel-François-Esprit Auber (Caen) dont l'oeuvre d'opéra inspira le jeune Richard Wagner. On écoutera sa page musicale la plus célèbre: la barcarolle extraite de son opéra "la muette de Portici". D.F.E. Auber - LA MUETTE DE PORTICI - Barcarolle: "Voyez au haut des rivages" (Jean-Philippe Lafont) - Bing video

- Sébastien de Brossard (Dompierre, Orne -Caen) fut l'un des plus grands compositeurs français de musique religieuse sous le règne de Louis XIV: le Normand fut le maître de chapelle de Bossuet en sa cathédrale de Meaux et fonda en France la recherche musicologique. On écoutera ici son Miserere, l'un de ses grands motets les plus inspirés: Sébastien de Brossard: 'Miserere mei Deus', Grand Motet - Bing video

 - Jean Titelouze (né à Saint-Omer, mort à Rouen) fut l'organiste de la cathédrale de Rouen à la charnière des règnes d'Henri IV et de Louis XIII. Il est considéré comme le père de l'école d'orgue française... Ici on écoutera sur l'orgue historique de Bolbec la musique en musique de l'hymne Ave Maris stella: Titelouze sur l'orgue de Bolbec Ave Maris Stella - Bing video

Et pour explorer le patrimoine musical normand encore plus ancien, notamment celui qui remonte à la période ducale et royale anglo-normande (XIIet XIIIe siècle), nous vous proposons de découvrir le travail exigeant et remarquable de l'ensemble vocal féminin normand "De Caelis" fondée en 1998 par Laurent Brisset:

Ensemble DE CAELIS - YouTube


 Pluie rime avec Normandie (la rime est facile, il est vrai !) : de mes recherches, il apparaît que le mauvais temps et le climat frais s’invitent dans nombre de chansons, qui sont du coup bien souvent mélancoliques ! D’ailleurs, on peut constater que nombre de chansons sont des entreprises de démolition de leur lieux de vie par leur auteur. Il y a un certain malaise et on sent une absence de fierté régionale chez nombre d’artistes régionaux. Cela prouve une fois encore que les normands ne s’aiment pas et ne cherchent à faire aimer la Normandie.

 Cela avait été souligné sur l'Etoile de Normandie, il y a quelques années:

NORMANDITUDE: contre le mépris et la haine de soi, une scène musicale d'expression normande existe et résiste!

 Quand cela est fait sur le ton de l’humour, cela devient de la gadoue. Le but ici n'est pourtant pas d'encourager l’auto-destruction de l'image de notre région mais puisque cela rencontre un certain succès, voici David Vallet (Calvados), qui a composé En Normandie (2022). Il revendique aimer la région…

L'auto-dérision pourquoi pas, mais il reste préférable d’évoquer notre région de façon neutre ou positive.

Voir par exemple, Le Stade Malherbe de Caen avec son hymne Nous sommes normands, fiers et conquérants  (2010) où le programme est dans le titre.

Par ailleurs, comme pour le reste, la proximité de la capitale, si elle est commode pour faire carrière, n’arrange rien et achève de brouiller l’image et le rapport à la Normandie.

 

Pour compléter ce billet, voici quelques sources :

- la page Wikipédia des Musiciens normands

- la page Wiki des Artistes du Département de la Manche

- le travail de Magène

- l’association FAR qui accompagne les musiques actuelles en Normandie

J’ai épluché des dizaines d’artistes normands, pour le meilleur et pour le pire. Bien entendu, la liste n’est pas exhaustive. Tout les goûts sont dans la nature, vous pouvez la compléter dans tous les genre musicaux.

Mon coup de cœur, issu de tous mes visionnages et écoutes, va aux BTP Brailleurs de Tubes Populaires (Fécamp). Ils colportent dans leurs tournées, originalité et humour. Une autre façon de représenter la Normandie, loin de la pluie et des clichés lourdingues.

« Les BTP sont des artisans de la chanson, ils ravalent les titres comme on ravale les façades, enterrent les tubes, démolissent les couplets mais toujours avec le cœur et l'humour. Un spectacle énergétique, calorifique qui fonctionne sans électricité. En effet, le band se produit en acoustique, (2 guitaristes, 1 contrebassiste, 1 percussionniste, 5 chanteurs). Avec BTP c'est la possibilité d'un grand n'importe quoi et n'importe où... BTP se produit partout et dans toutes les conditions, ils ne reculeront devant rien pour vous offrir le temps d'une chanson, un moment de liberté et une vrai bouffée de rire. »

Peut être est-ce dû au fait que ce soient des fécampois. Il y a un côté culture populaire bon enfant qu’on retrouve également à Granville.

Fécamp et Granville, deux cités maritimes qui se ressemblent de par leur passé de terre-neuvas, leur statut de port de pêche et leur taille similaire.

Voir aussi:

De Keen’V à Bourvil, la playlist qui sent bon la Normandie (ouest-france.fr)