Le haut-bocage virois avec des altitudes voisinant les 300 mètres, aux confins des trois départements du Calvados, de la Manche et de l'Orne, fait office de château d'eau de la Normandie avec de nombreux ruisseaux et rivières qui en descendent pour alimenter la Vire, la Druance, le Noireau, l'Orne, la Sienne, la Sée ou la Sélune. Ce bocage encore touffu et encore couronné de nombreux bois et forêts a toujours été vert et frais avec de l'eau chantant sous les frondaisons.

Mais en 2022 plus rien! 

Pas une goutte d'eau tombée du ciel depuis deux mois et malgré la rosée, qui dans cette forteresse chaque frais matin, continue de faire de la résistance en permettant à la végétation de respirer pour survivre, le vert des prés a disparu au profit d'une fenaison inquiétante puisque le paysan n'a rien coupé depuis deux mois ou presque.

Et toutes les rivières du château d'eau du bocage virois sont sèches: entre les pierres blanches et la vase du fond transformée en poussière demeurent quelques flaques d'eau croupie et ça et là, le corps luisant d'un poisson mort.

Certains disent que c'est pire que la fameuse année 1976.

Sécheresse. L'eau, une ressource en voie de disparition autour de Vire Normandie | La Voix le Bocage (actu.fr)

Sécheresse. L'eau, une ressource en voie de disparition autour de Vire Normandie

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Les rivières autour de Vire Normandie (Calvados) présentent un niveau "dramatique" selon les agents de l'IVN, faisant passer le niveau d'alerte en crise, vendredi 22 juillet 2022.

« Cela fait 15 ans que je fais ce métier, et je n’ai jamais vu ça. Et surtout pas aussi tôt dans la saison estivale. » Le constat de Loïc Rostagnat est aussi anxieux qu’implacable. Avec son collègue Maxime Lamotte, ils s’occupent tous deux de veiller à la qualité et la restauration des cours d’eau à l’Intercom de la Vire au Noireau (IVN).

En tant que tels, les deux techniciens sont très fréquemment en contact avec les rivières du territoire. De quoi se situer aux premières loges pour voir leur situation se dégrader, tout au long de ce début d’été.

« On voyait le niveau des cours d’eau baisser un peu plus chaque semaine, même avant la canicule », soufflent-ils. « Alors on a décidé de faire un tour exhaustif du secteur autour de Vire Normandie (Calvados) mardi 19 juillet 2022, au plus fort de la chaleur, pour voir comment la situation avait évolué. »

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Or, malgré les records de température observés et des saisons d’hiver et de printemps déjà bien plus clémentes que d’ordinaire, ils étaient loin de se douter de ce qu’ils trouveraient au milieu de la végétation. Rien, en l’occurrence, ou presque, en fonction des endroits.

« Sur les 60 lieux stratégiques que nous sommes allés voir, plus de la moitié sont dans un état alarmant. Les bassins de la Souleuvre et de la Druance sont particulièrement affectés, il n’y avait presque plus rien. » 

Loïc Rostagnat

Une observation qui ne se limite pas simplement à quelques points précis ; via ses différentes stations de mesure sur place, la Direction régionale de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement (DREAL) a mesuré un débit de 4 litres par seconde au niveau de l’aval de ces deux bassins.

Inquiétant, quand on sait qu’un débit de 10 litres par seconde « serait déjà très préoccupant« . « Avec un débit aussi faible, le moindre prélèvement se ressent aussitôt. Il suffit qu’un éleveur vienne faire boire ses bêtes, et le suivant n’en aurait déjà plus. »

Les conséquences, d’ailleurs, sont déjà bien visibles sur le terrain, avec de très nombreux poissons – truites en tête – qui n’ont pu survivre à la disparition progressive de leur habitat.

« Avec l’eau qui s’évapore, cela forme des sortes de flaques qui, sans renouvellement d’eau, vont se réchauffer beaucoup plus vite et perdre en oxygène. C’est fatal pour les poissons. Même s’il se remet à pleuvoir dans les prochains jours, et que les rivières se remplissent, le mal sera déjà fait. »

Loïc Rostagnat

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Les agriculteurs, affectés par les niveaux anormalement bas des nappes phréatiques pour leurs propres besoins en eau, font également partie des victimes collatérales des vagues de chaleur observées ces derniers mois.

 

En crise

Autant de raisons qui ont poussé la préfecture du Calvados à prendre la décision d’augmenter le niveau de l’alerte sécheresse sur le bassin versant de la Vire, la faisant passer au stade de « crise », vendredi 22 juillet 2022.

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Une mesure « rarissime, jamais vue » par les techniciens de l’IVN, qui déploie de nouvelles restrictions d’eau auprès de la population, telles que « l’interdiction de la pêche et des pratiques nautiques en rivière« , ou encore de « l’arrosage des massifs de fleurs« . Cela dans le but d’espérer « éviter une aggravation de la situation et préserver l’alimentation en eau potable de la population« .

Un scénario possible quoiqu’assez optimiste, compte tenu du pic de sécheresse observé habituellement ces dernières années « autour de fin août – mi-septembre« . « Le pire pourrait donc être encore à venir d’ici la fin de l’été… », déplorent Loïc Rostagnat et Maxime Lamotte. Et pourrait tout aussi bien se reproduire, voire encore empirer, les prochaines années.