Billet de Florestan:

En 2009 nous avions formé le collectif citoyen et républicain "Bienvenue en Normandie" pour nous opposer à l'avancée d'une conception coloniale de l'aménagement de la vallée de la Seine, à l'occasion de la présentation du projet proposé par l'urbaniste Antoine Grumbach envisageant la création d'un territoire métropolitain unique fusionnant les régions urbaines de Paris, Rouen et du Havre: c'était consacrer ainsi la mort de l'entité géo-historique millénaire normande. 

Nous avions alors protesté jusqu'à distribuer des tracts dans l'exposition sur les projets du Grand Paris à la cité du patrimoine et de l'architecture au Trocadéro en investissant le pavillon de l'équipe Grumbach avec un slogan qui fut repris dans un article du Monde, le 16 octobre 2009:

"Avaler la Seine aval sans l'aval des Normands ?"

Quelques archives à relire, tirées du site "Etoile de Normandie":

La Normandie Impressionniste: reconstruire un espace vécu régional normand? - L'ETOILE de NORMANDIE, le webzine de l'unité normande (canalblog.com)

Coup de gueule de Ph. Cléris du Collectif BEN - L'ETOILE de NORMANDIE, le webzine de l'unité normande (canalblog.com)

LES COCUS DE L'AXE SEINE, SUITE... - L'ETOILE de NORMANDIE, le webzine de l'unité normande (canalblog.com)

De l'utilité nationale de la Normandie. Réponse à Monsieur Roland CASTRO - L'ETOILE de NORMANDIE, le webzine de l'unité normande (canalblog.com)

Erik ORSENNA: Le grand pari de défoncer des portes ouvertes... - L'ETOILE de NORMANDIE, le webzine de l'unité normande (canalblog.com)

URGENCE !!! DIRE A MONSIEUR GRUMBACH QUE LA NORMANDIE... EXISTE ! - L'ETOILE de NORMANDIE, le webzine de l'unité normande (canalblog.com)

GRANDS PORTS MARITIMES DE LA VALLEE DE LA SEINE: Hervé Morin propose aux Normands de prendre le pouvoir - L'ETOILE de NORMANDIE, le webzine de l'unité normande (canalblog.com)

ALERTE! Fusion PARIS-NORMANDIE sur l'AXE SEINE: dire à Anne Hidalgo et à Edouard Philippe que la Normandie n'est pas à vendre! - L'ETOILE de NORMANDIE, le webzine de l'unité normande (canalblog.com)

Nous dénoncions alors une conception totalement coloniale de l'aménagement et du développement de la vallée de la Seine pour le seul profit de l'amont parisien et au détriment de l'aval normand: cette affaire dure depuis les années 1960 avec le projet Delouvrier d'étirer la région urbaine et industrielle parisienne jusqu'à la mer. Ce projet funeste fut stoppé à la fin des années 1960 par le préfet de la Seine-maritime pour la sauvegarde du patrimoine historique et naturel des boucles de la Seine en aval de Rouen mais dans cette triste aventure qui devait noyer la ville de Rouen dans un magma de villes nouvelles reliées à la région parisienne, la ville de Rouen ne put alors prétendre à ce qu'elle pouvait au regard de son histoire et de sa géographie à savoir qu'après avoir été la seconde ville de France, Rouen puisse devenir la métropole régionale d'équilibre de la région parisienne pour un Nord-ouest normand unifié entre Lille au Nord et les métropoles bretonnes de Rennes et Nantes à l'ouest...

Mais le schéma colonial parisien  a régné en maître près d'une cinquantaine d'année avec le concours servile des idiots utiles localistes d'une Normandie coupée en deux quitte à stériliser le développement et l'avenir du premier potentiel urbain et industriel français: en 2010, Grumbach et son projet "Seine métropole" ne faisait que raviver la vieille lune de Paul Delouvrier qui faisait luire lui-même la lune encore plus vieille du Premier consul Bonaparte qui, à l'automne 1802, alors qu'il visitait au Havre le plus grand port de commerce maritime français pour tenter d'en faire un port militaire tourné contre l'Angleterre (quel sottise!), avait eu l'une de ses formules typiquement française plus utile à  brilller dans la conversation d'un salon qu'à devoir être mise réellement en pratique en déclarant que la Seine était la rue principale d'une même ville allant de Paris au Havre...

Nous ne sommes pas toujours sorti de cet égarement mental puisqu'il s'agit de l'égarement mental des élites des pouvoirs parisiens: Après les illusions des deux Antoine, l'urbaniste Grumbach et le député-maire du Havre Rufenacht qui surent convaincre le TGV Nicolas Sarkozy, après les polygraphes officiels Attali et Orsenna, après les délires de l'architecte Roland Castro, après une bonne dizaine de grand'messes concélébrées par le préfet Philizot, après la relance plus récente de cette rêverie par Edouard Philippe, Anne Hidalgo délirant à son tour sur une grande fusion régionale pour faire Paris-sur-Mer avec l'aide d'un oiseau de compagnie rouennais, après le report aux calendes grecques de la LNPN qui était, avec la fusion portuaire (effective depuis maintenant un an), le seul projet concret de ces fantasmes bavards, l'Axe Seine, pour reprendre l'appelation techno de cette grande affaire, qu'en reste-t-il concrètement?

1) Une tentative de reprise en mains parisiennes des initiatives normandes pour développer la vallée de la Seine notamment dans le domaine culturel: quid de l'avenir du festival "Normandie impressioniste" par exemple?

2) Un enfumage sur le thème de la transition énergétique avec un peu d'hydrogène dit "vert", un peu de production de batteries électriques et une pincée de production électrique renouvelable que la moitié d'un seul réacteur nucléaire suffirait à accomplir pour obtenir le même résultat en terme de bilan carbone...

3) Une tentation politicienne et partisane pour faire de l'Axe Paris-Rouen-Le Havre une autoroute dans le but de déposer "Doudou" sur les gravillons devant le perron de l'Elysée en 2027...

3) Mais surtout et ce de façon extrêmement concrète pour les populations normandes concernées, l'Axe Seine (autrement dit: la vallée de la Seine normande en aval de Paris) sert, déjà de dépotoir aux gravats générés par les grands chantiers du Grand-Paris, notamment le creusement des tunnels de la future boucle de métro devant unifier Paris et sa banlieue: en quoi les Normands et la Normandie sont-ils concernés par ces projets?

Réponse:

Déchets du Grand Paris près de Rouen : ils invitent le préfet à « mettre des lunettes » | 76actu

Déchets du Grand Paris près de Rouen : ils invitent le préfet à « mettre des lunettes »

Après avoir déposé un recours contre un projet de stockage de déchets de chantier près de Rouen, des militants ont mené une action symbolique devant la préfecture jeudi 28 juillet.

Une paire de lunettes géante trône sur un carré de pelouse devant la préfecture de la Seine-Maritime. Cette installation est l’œuvre de l’association « Les Pieds dans l’eau- Bardouville en danger ». Jeudi 28 juillet 2022, ses militants ont mené une action symbolique, « illustrant [selon eux] de manière humoristique l’incompétence ou le désengagement des services de la préfecture » sur le projet de stockage de déchets inertes du Grand Paris, dans une boucle de la Seine, à l’ouest de Rouen.

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À lire aussi:

Un recours devant le tribunal administratif

Pris le 25 avril 2022, un arrêté préfectoral permet à la Société Environnement et Minéraux (SEM) de remblayer une carrière, située aux confins des communes de Mauny et Bardouville, avec près de 390 000 m³ de matériaux divers (béton, briques, terres, etc.) issus du chantier du Grand Paris.

C’est pour obtenir l’abrogation de cet arrêté que Les Pieds dans l’eau ont déposé, mardi 26 juillet, un recours devant le tribunal administratif. La procédure associe des habitants de Bardouville. Ces derniers craignent que la tranquillité de leur village soit perturbée par un important ballet de camions, et que les déchets stockés soient potentiellement pollués. Ce jeudi, les Pieds dans l’eau ont symboliquement remis ce recours sous enveloppe, à l’accueil de la préfecture.

Une plainte contre le porteur du projet

En parallèle, l’association indique avoir porté plainte contre la SEM à la gendarmerie de Duclair, pour « faux et usage de faux ». Leur présidente, Nathalie Haubert, pointe ce qui serait, selon elle, « un nombre incalculable d’irrégularités et de manquements » dans le dossier remis par l’entreprise aux services de l’État.

« Avec l’altimétrie proposée, on pourrait imaginer une station de ski à Bardouville !, ironise Nathalie Haubert. Des captages d’eau potable ont été oubliés dans le dossier, alors que leur présence nécessiterait des contrôles spécifiques. »

Ils fustigent le comportement de la préfecture

Autant de points qui, aux yeux de la militante, auraient dû alerter les services compétents et les amener à retoquer le dossier de la SEM.

Le comportement de la préfecture dans cette affaire, c'est "Je ne vois rien, je n'entends rien, je ne dis rien" !

Nathalie Haubert Présidente des Pieds dans l'eau

Pour illustrer ses propos, Nathalie Haubert désigne trois statuettes représentant les singes de la sagesse, rebaptisés aux noms de la Dreal (Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement), du préfet et de la DCPP (Direction de la coordination des politiques publiques).

« La Normandie, poubelle de l’Île-de-France »

Cette polémique est aussi en train de prendre une tournure très politique. La Métropole Rouen Normandie s’était déjà prononcée contre ce projet soutenu par la mairie de Mauny (où se situe le terrain concerné) mais rejeté par celle de Bardouville. Ce jeudi, Véronique et Jean-Michel Bérégovoy sont venus apporter leur soutien aux Pieds dans l’eau.

La conseillère régionale d’opposition (Europe Écologie-Les Verts), ex-candidate de la Nupes dans la 10e circonscription aux dernières législatives, s’étonne de « ne pas avoir d’information » à ce sujet de la part de l’exécutif normand, alors que « la Région est responsable du plan de prévention et gestions des déchets ».

On est déjà la région qui produit le plus de déchets et on en ramène de l'extérieur ? La Normandie, poubelle de l'Île-de-France, ça suffit !

Véronique Bérégovoy Conseillère régionale EELV

« Aberration écologique et démocratique »

Adjoint au maire de Rouen et conseiller métropolitain, l’écologiste Jean-Michel Bérégovoy dénonce pour sa part « une aberration écologique et démocratique. Ni les habitants ni les élus locaux n’ont été engagés dans une quelconque collaboration, c’est inadmissible ! »

Le conseiller départemental compte bien ouvrir un débat sur cette question lors de la prochaine séance plénière au Département. Avec l’espoir que son président Bertrand Bellanger prendra le parti des réfractaires au projet. « Le poids d’un président de Département donnerait de la force aux opposants. »

Un autre projet de stockage ?

Les Pieds dans l’eau se disent quant à eux « déterminés ». « Aucune exploitation de la carrière ne pourra avoir lieu tant que la procédure est ouverte devant le tribunal », souligne Nathalie Haubert. Et de mettre en garde : « Si les travaux commencent, nous déposerons un référé suspension pour les faire cesser. »

La tension ne semble donc pas près de retomber. D’autant que Les Pieds dans l’eau ont repéré un autre projet de stockage de déchets inertes, à quelques encablures de Bardouville. Le 19 mai dernier, les élus de Berville-sur-Seine ont ainsi émis un avis favorable, « afin de permettre la réalisation d’études et de solliciter les autorisations administratives ».

Cela pour « remblayer une ancienne carrière », « avec de la terre venant de la région parisienne qui est issue des chantiers de travaux publics », apprend-on dans le compte-rendu du conseil municipal. Un projet également porté par la Société Environnement et Minéraux.