Le réseau citoyen du cercle normand de l'opinion revient dans son dernier communiqué publié sur ce que nous avions déjà ici traité à savoir la crise énergétique majeure vers laquelle nous allons en raison du dogmatisme écologiste sur la question essentielle de la transition énergétique qui doit accompagner le changement climatique:

La transition énergétique allemande basée sur l'utopie d'un mix composé totalement d'énergies renouvelables pour assurer une production électrique permanente est un échec total que l'ensemble des pays européens membres de l'Union européenne risque de payer au prix fort, dès cet hiver, avec un risque inédit de délestage ou de coupures sur le réseau électrique interconnecté européen.

Les premières victimes de ces délestages seraient les grandes usines industrielles qui consomment beaucoup d'électricité: il est donc à craindre une vague de chômage technique en Normandie qui demeure la 1ère région industrielle de France en part de PIB...

Le principal responsable de cette navrante situation n'est pas notre ami Vladimir qui l'a révélée et qui l'aggrave, de bonne guerre, à l'occasion de l'actuel conflit militaire ukrainien, mais le consternant dogmatisme anti-nucléaire des écologistes, notamment allemands.

Dans cette aventure, la Normandie forte de son parc électro-nucléaire fait partie de la solution mais en raison du sabotage idéologique écologiste, cette solution normande faute d'investissements suffisants et d'une volonté politique forte ne donnera pas à la France, la pleine capacité de son potentiel...


 

mail

Quand le dogmatisme conduit au gâchis industriel

​Communiqué du Réseau citoyen du Cercle Normand de l'Opinion

Le 11 mars 2021, dans une de nos Répliques Normandes, le C.N.O. dénonçait « l’imprudente fin d’une aventure industrielle », regrettant ainsi l’arrêt définitif de la centrale à charbon du Havre. Et nous posions in fine la question :

 " Faut-il démanteler nos centrales thermiques ? Ne serait-il pas prudent de conserver en état de marche ces centrales performantes qui n’ont démérité qu’au plan écologique ? "

La réponse est claire aujourd’hui : du fait du conflit russo-ukrainien, l’approvisionnement en pétrole et, surtout, en gaz, devient problématique. On craint des pénuries de production électrique l’hiver prochain. On parle de restrictions, voire de coupures, de courant : on va regretter l’appoint des centrales thermiques. D’autant plus que la montée en puissance des énergies renouvelables ne peut être que progressive et que la relance du nucléaire – absolument indispensable ! – va demander au moins une décennie.

 

Le Cercle Normand de l’Opinion ne peut donc qu’approuver la démarche récente de certains élus de l’Estuaire réclamant la réactivation de la centrale du Havre. Mme la sénatrice Céline Brulin, M. le député Jean-Paul Lecoq, le maire de Gonfreville-L’Orcher, la conseillère départementale Sylvie Hervé, Mme Nathalie Nail et M. Aurélien Lecacheux, de la municipalité du Havre, ont envoyé une lettre ouverte au Ministre de la Transition Écologique et de la cohésion des Territoires, Christophe Béchu, demandant la remise en service de la centrale du Havre, comme pour celle de Saint-Avold, en Moselle, avec un argument supplémentaire : la reconversion à terme de l’usine vers des process moins polluants. Le but final allégué par ces élus (proches du Parti Communiste) étant l’indépendance des approvisionnements électriques de notre pays.

 

Évidemment cette position – que le C.N.O. approuve pleinement – va à l’encontre de la doxa des milieux écologistes. Ces derniers, qui crient au retour en arrière dans la lutte contre la pollution, pratiquent la technique classique des fanatiques du « tout ou rien », semblant ignorer quelques vérités essentielles :

 

  1. Le besoin en augmentation d’électricité, qui ne peut que s’amplifier par la volonté, assez suicidaire d’ailleurs, de remplacer des véhicules à moteur thermique par des moteurs électriques dans un délai trop court (2035).
  2. Le bon bilan carbone de la production électrique de la France, certainement l’un des moins importants des pays de l’O.C.D.E. (grâce au nucléaire).
  3. Le caractère d’opportunité du recours aux centrales thermiques en cas de pics de consommation.
  4. La nécessité impérieuse de tout faire pour que l’activité industrielle ne soit pas perturbée. Or, la Normandie, l’une des principales régions industrielles de France, ne doit pas courir le risque de voir des usines ralentir leurs productions s’il y a pénurie d’approvisionnement électrique : il y va de son équilibre économique et social.

 

Le C.N.O. attend des pouvoirs publics et de TOUS les élus normands une réponse positive à la requête en faveur de la réactivation de la centrale du Havre.


Cercle C.N.O. du Havre et de l’Estuaire, le 25 juillet 2021 


 Commentaire de Florestan:

Dans la centrale nucléaire de la Nupès, en raison de crise énergetique qui arrive, ils vont devoir passer de la fusion à la fission...

Et pour jeter une lumière crue sur le contexte on lira le propos de l'expert en politique énergétique  Fabien Bouglé donné au Figaro, le 22 juillet 2022:

(Texte intégral, fautes d'orthographes corrigées...)

https://www.lefigaro.fr/vox/economie/oui-nous-allons-manquer-de-gaz-et-d-electricite-et-notre-facture-va-exploser-20220722?fbclid=IwAR3SLbVvywoEOsmZIztB2iTbWaqyJbzWsj3lidkcS21j1ah7g16RrG_HVgA

FIGAROVOX/ENTRETIEN - Sur le plan énergétique, la guerre en Ukraine n'a fait qu'aggraver une situation critique à l'échelle européenne, et notamment en France, affirme le chef d'entreprise essayiste, et expert en politique énergétique Fabien Bouglé.

Fabien Bouglé est expert en politique énergétique. En 2019, il est auditionné par la commission d'enquête parlementaire sur les énergies renouvelables de l'Assemblée nationale, et publie un premier ouvrage au retentissement important: "Éoliennes, la face noire de la transition écologique" (éd. Du Rocher). Chef d'entreprise dans le secteur financier et culturel, il est également élu municipal (divers droite) à Versailles. Son dernier livre, "Nucléaire, les vérités cachées", est publié aux éditions du Rocher.
LE FIGARO. - Pour faire face à la crise de l'énergie, Emmanuel Macron a annoncé, jeudi 14 juillet, «un plan de sobriété énergétique» pour consommer moins de gaz et d'électricité dans les mois et années à venir. Des restrictions sont-elles inéluctables ? Devrons-nous passer Noël à la bougie?
Fabien BOUGLÉ. - Il faut s'attendre à un hiver très difficile. Oui, nous allons manquer de gaz et d'électricité et, en plus, notre facture énergétique va exploser. Depuis 10 ans, nous n'avons eu de cesse de participer au sabotage du nucléaire français. En témoigne la vente d'Alstom et des turbines Arabelle, l'augmentation notable des sources d'électricité renouvelable intermittentes comme les éoliennes, fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim, la dégradation politique de l'image du nucléaire, la perte de vision à long terme de notre politique énergétique et la destruction de notre expertise industrielle. (Ndlr: arrêt du programme "Astrid" en 2019). De plus, le revirement du président de la République sur le sujet du nucléaire est beaucoup trop récente pour produire des effets immédiats.
Tout a été fait pour saborder notre industrie nucléaire qui est la base de notre production électrique. Selon les bases de données récemment publiées du ministère de l'écologie, le nucléaire a représenté en 2021, 75% de l'énergie primaire produite en France à mettre en comparaison avec les seulement 2,4% de l'énergie produite par les éoliennes. Dans le même temps, la politique gouvernementale conduit notre pays à une pénurie énergétique alors que nous disposions du meilleur modèle énergétique décarboné.
Nous avons engagé des sommes folles dans les énergies renouvelables et, dans le même temps, négligé l'entretien et le développement de nos centrales nucléaires. Les arrêts de réacteurs nucléaires pour des problèmes de corrosion s'inscrivent dans ce contexte. En 2021, notre pays était exportateur d'électricité, cette année nous allons devoir énormément importer. C'est une honte. Par une absence de vision à long terme de nos gouvernants qui n'ont pas vu venir cette crise énergétique qui a débuté bien avant la guerre en Ukraine, nous sommes effectivement dans la situation des pays du tiers-monde où nous allons pour la première fois depuis 40 ans devoir envisager des rationnements d'électricité.
RTE, responsable du réseau public de transport d'électricité haute tension en France, estimait bien avant la guerre en Ukraine et la découverte de problèmes de corrosion sur plusieurs réacteurs nucléaires que le risque de pénurie est important tous les hivers au moins jusqu'en 2024. L'invasion de l'Ukraine par la Russie n'a-t-elle pas fait qu'aggraver une situation déjà critique ?
Tout à fait ! La question des risques de coupures d'électricité en France ne date pas de la guerre en Ukraine et à plusieurs reprises ces dernières années en particulier en hiver lors des mois de février et mars, RTE qui est la filiale d'EDF chargée de transporter l'électricité a averti de potentiels risques de coupures d'électricité. Globalement, notre pays peut parfaitement faire face à la demande d'électricité lors des mois de faible consommation comme l'été mais l'hiver, lors des périodes de grand froid la demande explose et nous sommes confrontés à une pénurie d'électricité lors de ces pics de consommation. C'est justement lors de périodes de grand froid que les éoliennes produisent peu et que nous sommes dans la nécessité soit d'importer de l'électricité de nos voisins soit de relancer des centrales au charbon ou au gaz. Le problème, c'est que le froid est sur toute l'Europe en même temps (Ndlr: en situation anticyclonique il n'y a pas ou peu de vent...). Cette année le 2 avril, RTE a diffusé des messages pour inciter à la diminution de la consommation lors d'une vague de froid.
Mais le choc gazier et électrique que nous connaissons n'est pas seulement dû à la guerre en Ukraine, il prend ses racines dans le déploiement sans limite en Europe des énergies renouvelables intermittentes.
Un article de Newsweek du 27 octobre 2021 titré «The wind failures behind Europe Energy crisis are a warning for America» (Les pannes d'éoliennes à l'origine de la crise énergétique en Europe sont un avertissement pour l'Amérique) expliquait comment la politique d'installation d'éoliennes en Europe avait créé le choc gazier que nous connaissons.
En effet, la reprise industrielle «postCovid» en 2021 est intervenu au moment de la chute de production des éoliennes allemandes (baisse de 14% en 2021). Cette situation a contraint l'Allemagne à augmenter fortement sa production électrique avec ses centrales au gaz ou au charbon conduisant à une explosion de la demande de ces matières fossiles. Le souci c'est que le marché de l'électricité est aligné en Europe sur le mode de production éléctrique le plus cher, en l'occurence, les centrales au gaz. Comme le prix spot électrique des centrales au gaz a explosé, cette situation s'est répercutée sur l'ensemble des modes d'électricité y compris l'électricité d'origine nucléaire conduisant à une inflation inédite du prix de l'électricité en Europe. La guerre en Ukraine s'est ajoutée dans l'équation mais n'a pas été déterminante dans cette pénurie initiale de gaz et l'augmentation de la facture électrique. Elle a été plutôt un élément de complexification.
La décrue de nos capacités de production thermiques (essentiellement charbon) a-t-elle été compensée par l'augmentation sensible des capacités éoliennes et solaires intermittentes ?
Il n'y a pas de décrue notable sur le long terme de nos capacités de production thermique. Nous devrions même être davantage dépendants des centrales fossiles en 2022. D'après les chiffres de RTE dans son bilan 2021, la production électrique fossile est restée en France de 8% en 2021. On note une légère augmentation par rapport à 2020, avec un doublement de la production électrique au charbon. Corrélativement et alors que nous avons installé en France 7% de puissance éolienne en plus, nous avons connu une baisse de production électrique de 7% de turbines électriques à vent en prenant en compte l'augmentation de la puissance installée.
En ce sens, développer des énergies renouvelables en France est inutile, surtout dans ce contexte de forte demande. Malgré le développement des éoliennes ou des panneaux solaires, nous ne sommes pas moins dépendants de notre dépendance aux énergies fossiles. Car plus on installe d'éoliennes, plus on doit prévoir de centrale au gaz ou au fossile en complément. C'est la raison pour laquelle il est parfaitement illusoire de croire que l'on va diminuer notre dépendance au fossile en développant les énergies renouvelables intermittentes. Les gaziers et pétroliers comme Engie et TotalEnergie investissent massivement dans les énergies renouvelables intermittentes pour conforter sur le long terme leur marché de fossile. Il est donc parfaitement mensonger de dire que l'on va accélérer l'installation des éoliennes pour compenser la fin de l'approvisionnement en gaz Russe.
Sommes-nous toujours autosuffisants en matière d'électricité ?
En 2021 nous avons été autosuffisants et avons même bénéficié d'un solde exportateur de 43 térawattheures (la différence entre nos exportations et nos importations en Europe). En revanche, nous importons désormais 10 térawattheures d'Allemagne et de Belgique alors que jusqu'à 2019 nos avions un solde exportateur vers ces pays (6 térawattheures en 2018 par exemple). Cela signifie que la fermeture de Fessenheim - qui fournissait à nos voisins une électricité décarbonée - a contribué à nous rendre dépendant de l'Allemagne et en particulier de son électricité au charbon. La France est doublement perdante car elle fragilise sa souveraineté électrique mais en plus avec l'explosion du tarif spot de l'électricité elle accentue la facture de ses importations énergétiques contribuant ainsi au déficit de sa balance commerciale. La France est dans une situation perdante/perdante et la fermeture de la centrale nucléaire alsacienne y a largement contribué. (Ndlr: fermeture décidée par Emmanuel Macron en 2018 sous pression écologiste et... allemande). Je crains qu'en 2022, nous soyons dans une situation de forte importation, ce qui serait inédit en France depuis au moins la mise en route du plan Messmer en 1974 qui a vu le déploiement de nos 58 réacteurs nucléaires.
Lors de la crise du Covid, nos dirigeants n'ont cessé d'évoquer la «solidarité européenne». En matière d'énergie, existe-t-il une solidarité ? Comment se traduit-elle ? Payons-nous, aussi, les choix de nos voisins européens ?
Aujourd'hui nous sommes dans une situation d’interconnexions européennes des réseaux électriques et dans un marché de l'électricité européen. L'augmentation du prix de l'électricité en Allemagne se répercute sur le prix de l'électricité en France. Et, on l'a vu, le choc gazier a contribué à renchérir en Europe la facture électrique de l'ensemble des pays alors qu'en France grâce à nos centrales nucléaires, le coût de revient de notre électricité est beaucoup plus faible.
Le marché européen de l'électricité crée donc une solidarité européenne au détriment des pays comme la France qui voit sa facture énergétique exploser alors que son système est parmi les moins cher d'Europe. C'est donc un épouvantable paradoxe pour la France qui voit son modèle vertueux bénéficier aux voisins européens et en particulier à l'Allemagne. Ce pays voit d'un très bon œil l'augmentation de notre facture électrique, car elle est synonyme d'une baisse de la compétitivité de nos entreprises.
Dans un document interne, l'Allemand Agoraenergiwende avait prédit, il y a quelques années, que la baisse du nucléaire français allait assurer la compétitivité des centrales au charbon allemandes. Nous y sommes.
Concernant le marché européen, le Portugal et l'Espagne ont fait le choix, récemment, de quitter le marché européen de l'électricité, ce qui a été autorisé par la commission européenne. Cette décision a contribué à baisser le prix de marché dans ces pays. On le voit: la solidarité européenne a des limites et la France et les Français sont les victimes de ce marché européen qui contribue à l'augmentation de leur facture électrique. La France qui était, non seulement, vertueuse en termes d'émission de gaz à effet de serre et pour sa facture électrique, se trouve enfermée dans un fédéralisme européen relevant de la naïveté. Cela risque de lui coûter très cher. Ce système ne pourra pas tenir et il y a fort à parier que nous allons assister dans les mois ou années à venir à une implosion du système européen de l'électricité.