Billet de Florestan:

Enfin?

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Après onze ans de mésaventures industrielles, techniques, politiques, géo-politiques et financières et près de 13 milliards d'euros plus loin, le réacteur européen à eau pressurisée (le cigle EPR signifiant, en globish: Européan Pressurized water Reactor) devrait être raccordé au réseau électrique national au dernier semestre de l'année 2023 avec, dans un premier temps, un fonctionnement à 25% des capacités d'un réacteur électro-nucléaire présenté comme l'un des plus puissants du monde avec quelques 1650 megawatts... Soit l'équivalent de 275 éoliennes marines qui devraient tourner en permanence au large de nos côtes.

Bien entendu, nous avons, ici et sur l'Etoile de Normandie, pesté contre ce gâchis monumental d'argent: 12,7 milliards d'euros dépensés sur le site de la centrale de Flamanville, soit l'équivalent de six fois le budget annuel du conseil régional de Normandie!

https://www.ouest-france.fr/normandie/normandie-la-region-adopte-un-budget-2022-de-plus-de-deux-milliards-d-euros-27a56f62-5c03-11ec-8d3e-ca7fc35fbb09

On le sait, la facture initiale a été multiplié par quatre sur ces onze années de galère industrielle et ce pour trois principales raisons... Deux raisons bien mauvaises et une bonne!

En effet, en 2012 alors que le chantier commence enfin, on n'avait plus construit en France un seul réacteur nucléaire depuis le début des années 1990: les savoir-faire se sont en partie évaporés dans la mise à la retraite de certains cadres et ingénieurs, la mise en fiche sur ordinateur ne fut pas suffisante et, à l'époque, l'énergie nucléaire était passée de mode, l'église de scientologie verte était alors triomphante...

En outre, fétichisme pour la copulation franco-allemande aidant, le président de la République de l'époque, un certain Nicolas Sarkozy a souhaité faire une coopération industrielle entre l'Aréva incompétente d'atomic Anne (Lauvergeon pour les intimes) et les intérimaires polonais et lituaniens travaillant, de près ou de loin, pour un groupe allemand Siemens qui avait des éoliennes qui lui tournait dans la tête tout en ayant les yeux de chimène pour le gaz d'un certain Vladimir... déjà!

En effet, les lubies nucléaires françaises n'intéressent pas les Allemands qui ont fait en matière d'énergie des choix opposés aux nôtres et saboter, d'une manière ou d'une autre, le chantier de construction d'un prototype de réacteur nucléaire perdu là-bas à la pointe ouest de la Normandie, voilà qui pouvaient paraître utile aux intérêts supérieurs des énergéticiens allemands qui brassent du vent comme ils brassent de la bière... Dumoins le croyaient-ils: c'était avant que le gazier Poutine ne leur fasse des misères ukrainiennes.

La bonne raison?

C'est que l'Agence de Sûreté du Nucléaire en France c'est du sérieux, du moins aussi sérieux que les exercices de sécurité improvisés contre nos centrales nucléaires par les militants de Greenpeace: il faut bien que ces idiots utiles servent à quelque chose, justement... L'ASN a donc exigé des normes de sécurité draconiennes supérieures à celles qui étaient exigées à l'époque du plan Messmer des années 1970. A fortiori, il a fallu compenser, certaines pertes de compétences côté français et une véritable incompétence du côté allemand (soudures et chaudronnerie). Mais le pire, dans cette triste aventure, ce fut le mauvais béton coulé et mal banché sous les couleurs du breton Bouygues!

L'autre raison que nous eûmes de raler aussi bien fort c'est le raccordement au réseau électrique de l'EPR de Flamanville 3 s'est fait avant même que ledit EPR ne soit achevé: on évoque, bien sûr, le sujet douloureux de la nouvelle THT Cotentin-Maine déchirant le bocage de l'ouest de la Normandie avec le risque de pollutions électro-magnétiques qui rendent malades nos vaches laitières et tout cela pour le profit d'une région voisine qui avait refusé d'avoir des centrales nucléaires chez elles. Rappelons, en effet, qu'au départ la centrale de Flamanville devait se trouver à... Plogoff!

Les Normands plus raisonnables que les Bretons, ont donc accepté le pacte faustien du nucléaire dont on voit aujourd'hui tout l'intérêt sinon l'urgence avec l'indispensable décarbonation par électrification massive de notre économie et de tous nos usages pour entrer dans la transition énergétique nécessaire à la lutte contre l'effet de serre qui provoque l'actuel changement climatique.

Mais il y a quand même des limites!

La Normandie de toutes les énergies, à en croire certains slogans politiques fallacieux, ne doit pas devenir la région de toutes les peines: la Normandie et les Normands ont choisi les avantages et les inconvénients du nucléaire. Ce n'est pas pour accepter en plus des éoliennes partout dont on peut raisonnablement douter de la véritable utilité écologique ou de la pertinence industrielle sur le moyen terme...

https://www.ouest-france.fr/environnement/nucleaire/epr-de-flamanville-il-demarrera-au-premier-semestre-2023-c-est-confirme-2343645e-eb25-11ec-b0aa-e4a7523566de

EPR de Flamanville : il démarrera au premier semestre 2023, c’est confirmé

EDF l’a annoncé ce lundi 13 juin 2022 : en dépit d’un calendrier qui ne laisse pas de marge de manœuvre, son directeur exécutif chargé du programme « nouveau nucléaire » se dit confiant pour un démarrage de l’EPR de Flamanville en 2023, avec chargement du combustible d’ici un an.

« Le planning qui nous amène à un chargement du combustible environ dans un an n’est pas un planning avec beaucoup de marge, mais dans lequel nous avons confiance », a déclaré, ce lundi 13 juin 2022, Xavier Ursat. Le directeur chargé de l’ingénierie et des projets du nouveau nucléaire chez EDF, et donc de l’EPR de Flamanville, estime que c’est « une centrale proche de l’état d’exploitation »​. Même si, au final, l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) décidera.

Onze ans de retard

L’électricien avait annoncé en janvier de nouveaux retards. Le chantier cumulera ainsi onze ans de retard et son coût estimé a grimpé, selon EDF, à 12,7 milliards d’euros contre 3,3 milliards prévus initialement en 2004. La Cour des comptes estime pour sa part la facture globale à 19 milliards.

Pour tenir ce délai annoncé, il va falloir terminer les reprises de soudures défectueuses et que l’ASN accepte les transformations proposées – un traitement thermique spécifique sur le combustible – pour régler le problème de fuites d’assemblages rencontré sur l’EPR de Taishan (Chine), arrêté depuis août 2021.