Nous n'avions pas beaucoup entendu les écologistes s'exprimer à propos du projet de chatière entre Port 2000 et le port historique du Havre à travers la digue sud de ce dernier, pour faciliter le trafic fluvial...

     Mais tout vient à point à qui sait attendre :

Port du Havre. La construction d'une "chatière", fausse bonne idée écologique ?

Actu.fr Par Marie-Charlotte Nouvellon Publié le 11 Juin 22 à 13:04 76actu

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Elle doit favoriser le transport fluvial, et donc limiter la circulation des camions. Mais le projet de "chatière" dans le port du Havre fait grincer des dents écolos et pêcheurs.

La chatière, qui doit créer un passage pour que les péniches puissent arriver au pied des porte-conteneurs, inquiète pêcheurs et associations écolos. (©Illustration/Haropa)

Ce n’est pas tous les jours qu’ils font front commun. Et pourtant, pêcheurs et associations écologistes se sont récemment unis dans un collectif. Leur objectif ? Préserver la biodiversité de l’estuaire de la Seine. Leur ennemi commun ? Le projet de « chatière », colossal chantier de réaménagement de la digue d’entrée du port du Havre (Seine-Maritime), porté par Haropa.

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3 millions de m³ de sédiments à draguer

Pour permettre aux péniches en provenance de la Seine d’accéder directement aux porte-conteneurs stationnés dans Port 2000, et ainsi favoriser le transport fluvial, une digue de deux kilomètres de long doit être aménagée. Permettant de protéger les embarcations du vent et des marées, sa construction représente près de 3 millions de m³ de sédiments à draguer. 

Des travaux titanesques, qui risquent de perturber l’écosystème marin de la zone, s’inquiètent les opposants au projet. « On sait que l’estuaire est déjà bétonné, il a fortement été modifié ces 50 dernières années. Avec la construction de Port 2000 et du pont de Normandie, nous avons déjà perdu des zones humides, qui servent de nurserie pour des espèces comme la sole ou le bar », rappelle Dimitri Rogoff, président du comité régional des pêches.

C’est d’ailleurs son organisation qui est à l’origine du collectif baptisé « Préservons l’estuaire de la Seine », estuaire qu’il décrit « comme l’un des plus gros nourriciers : quand on l’ampute, on crée forcément un déséquilibre sur les ressources. » Le bar, la sole, le homard ou encore l’alose figurent dans la liste des espèces potentiellement menacées.

D’autres options plus pertinentes ?

Ces inquiétudes, différentes associations dédiées à l’écologie les partagent. « Ce projet va continuer à consommer de l’espace de l’estuaire, déjà très atteint ces derniers années », s’alarme ainsi André Berne, qui a travaillé sur le dossier de la chatière pour France Nature Environnement Normandie.

Tous ces projets ne font que perturber l'écosystème. Nous sommes bien sûr favorables à la circulation des péniches, mais il existe pour cela des solutions qui seraient écologiquement meilleures, comme le renouvellement de la flotte des bateaux pouvant sortir en mer, ou encore le percement de la digue de Port 2000 par un système d'écluse.

André Berne, France Nature Environnement Normandie

« Lors de la création de Port 2000, les ingénieurs avaient déjà dit qu’il serait judicieux que les péniches puissent accoster au pied des bateaux, et l’écluse avait été évoquée, rappelle d’ailleurs le militant. Cela aurait coûté beaucoup moins cher à ce moment-là. Il y a eu un vrai manque d’anticipation, toute cette affaire est complètement déraisonnable. »

Partageant ce constat, Dimitri Rogoff réclame « que ces solutions alternatives soient étudiées. Elles sont aujourd’hui sous estimées au profit du côté économique : on a choisi l’option la plus simple et la moins chère. »

Pour Haropa, l’opération doit rester compétitive

Du côté du port, on l’assure pourtant : « ces débats autour des variantes possibles ont déjà eu lieu dès 2017, lors de la première concertation publique (…) Tout a alors été expliqué, exposé au cours de nombreuses réunions », insiste Florian Weyer, directeur général délégué chez Haropa. « Cette décision du conseil de surveillance du port a été validée par l’État qui a reconnu que, parmi toutes les solutions possibles, la chatière était la meilleure », insiste-t-il.

Sur la possibilité d’un renouvellement de la flotte fluviale, il pointe à la fois le temps (« 40 ou 50 ans ») que peut prendre une telle opération, mais aussi « les surcoûts » qu’elle implique et « que les armateurs ne sont pas forcément prêts à endosser pour franchir un seul kilomètre de zone maritime ».

Concernant l’écluse, il reconnaît que cette solution « est beaucoup plus chère et par ailleurs pas complètement dénuée d’impacts non plus. » Pour lui, ce type d’option « reviendrait tellement cher qu’il rendrait le fluvial totalement non compétitif. Une écluse, il faut la faire fonctionner, l’entretenir… Cela renchérirait tellement le passage des bateaux que l’on marquerait finalement un but contre notre camp. »

Des études d’impacts trop limitées ?

Mais au-delà de l’option retenue par Haropa, les études d’impact environnemental adossées au dossier interrogent également les opposants à la chatière. « Les mesures ont manqué de précisions », estime ainsi André Berne. « Il n’y a qu’un ou deux points analysés, alors qu’il aurait fallu des inventaires plus précis, plus détaillés, et se pencher sur des cycles complets. »

Pour mesurer les impacts, il faut des études scientifiques. Mais ces études aujourd'hui, on ne les a pas. Ce que l'on demande, c'est que tout cela soit mesuré sérieusement.

Dimitri Rogoff, Président du comité régional des pêches

À titre de comparaison, le président du comité régional des pêches rappelle que « Port 2000 a perdu 70% de ses qualités halieutiques en 50 ans ». Ou encore que, « au niveau du restaurant du pont de Normandie, des zones de crevettes ont disparu. Et ce que l’on enlève ici, il faut le recréer ailleurs. »

Des millions prévus pour les mesures compensatoires

Si Haropa a en effet dû revoir sa copie à la demande de l’État, « qui a demandé d’améliorer un certain nombre d’aspects pour prendre en compte les impacts en matière d’espèces protégées et les mesures compensatoires (…), les études sont aujourd’hui finalisées », estime Florian Weyer.

Le directeur délégué du port précise que « la littérature et les observations scientifiques » ne font pour l’heure état « d’absolument aucune caractéristique qui serait propice à une nourricerie de bars. Des études recensent un passage de jeunes soles à proximité de la zone, et cette présence, comme celle de l’alose, a bien été prise en compte. »

Il est prévu bien évidement de continuer les observations pour s'assurer de l'absence d'impact sur une éventuelle zone de nourricerie. Par ailleurs, nous avons prévu au budget du projet plusieurs millions d'euros pour recréer des habitats favorables aux poissons si jamais le projet avait le moindre impact en la matière.

Florian Weyer Directeur général délégué Haropa

Désormais entre les mains d’autorités indépendantes pour avis, le projet de chatière devrait être bientôt soumis à enquête publique, avant que le préfet ne le valide ou non. Si tout se déroule comme prévu par Haropa, les travaux devraient ensuite s’enclencher pour un an et demi, pour une mise en service fin 2023. Un calendrier qui pourrait bien sûr être perturbé en cas de recours déposé par les opposants.


 

Commentaires :

Feu Coluche, en fin de siècle dernier :

     "Les technocrates, si on leur donnait le Sahara, dans cinq ans il faudrait qu'ils achètent du sable ailleurs."

Sapeur de fond, aujourd'hui :

     "Les écologistes, si on leur confiait la gestion d'un pays industrialisé prospère, ils finiraient par en faire un pays sans infrastructures efficaces, en faillite économique..."

     Cela dit, les gouvernements successifs depuis le début des années quatre vingt ont déjà bien progressé dans cette voie funeste...

Sapeur de fond s/c Sire de Sei