Revue de presse normande au 7 mai 2022...

 

Sur le site naturel et haut-lieu historique de la mémoire du débarquement de juin 1944, à savoir, la Pointe du Hoc, un effondrement de la falaise a eu lieu:

https://www.tendanceouest.com/actualite-397520-cricqueville-en-bessin-effondrement-a-la-pointe-du-hoc-symbole-du-debarquement?utm_medium=email&utm_source=newsletter&utm_campaign=NL_2022-05-06&utm_content=bloc1

https://actu.fr/normandie/cricqueville-en-bessin_14204/cricqueville-en-bessin-eboulement-massif-a-la-pointe-du-hoc_50775471.html

https://www.lefigaro.fr/flash-actu/effondrement-a-la-pointe-du-hoc-haut-lieu-du-debarquement-20220506

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 A l'usine papetière de la Chapelle Darblay, on va enfin peut-être voir la solution: les Finlandais d'UPM n'ont finalement déposé aucun recours contre la préemption du site faite par la métropole de Rouen: l'usine va donc pouvoir être rachetée par Véolia qui va pouvoir développer son projet de recyclage du papier et du carton usés pour en faire du carton d'emballage dont la demande explose à cause du commerce en ligne...

https://www.francebleu.fr/infos/economie-social/enfin-une-eclaircie-pour-la-papeterie-chapelle-darblay-1651853189

L'avenir n'a jamais été aussi prometteur pour Chapelle Darblay. La papeterie de Grand Couronne, dans la métropole rouennaise, est fermée depuis juillet 2020, 228 salariés ont été licenciés mais les syndicats n'ont jamais perdu l'espoir de voir l'usine de papier recyclé redémarrer. Ils ont eu raison.

La Métropole de Rouen a lancé une procédure de préemption du site début février. Les opposants avaient deux mois pour déposer un recours contre la Métropole mais aucun ne l'a fait. Ni le propriétaire finlandais UPM ni le groupement Samfi-Paprec, qui voulait racheter l'usine pour y faire du tri de déchets et produire de l'hydrogène.

UPM a fait comprendre il y a un mois en marge d'un CSE qu'il ne s'opposerait pas à cette préemption. Paprec, acteur majeur dans la gestion des déchets, n'a rien à gagner dans un bras de fer avec une collectivité comme la Métropole de Rouen. Et Samfi renonce à son projet d'hydrogène mais l'entreprise normande est sur un autre du même type, à Port Jérôme sur Seine.

Mardi 10 mai, la Métropole de Rouen acquerra donc officiellement la papeterie Chapelle Darblay pour 9,6 millions d'euros, machines comprises. Elle la revendra quelques heures plus tard au consortium Veolia - Fibre Excellence, qui veut en faire un site de recyclage de papiers et cartons d'emballage. 

Chapelle Darblay ne redémarrera pas avant 12, voire 18 mois. Et un imprévu, une déconvenue sont toujours possibles. Mais c'est tout même un début de victoire pour les 3 syndicalistes de la maison, qui se battent depuis près de mille jours pour sauver leur usine. Eux ont été échaudés à plusieurs reprises ces trois dernières années et ils jouent toujours la carte de la prudence. Comme dit Cyril Briffault, de la CGT, "on est plutôt très content mais le ouf de soulagement se fera quand on verra de la fumée blanche sortir du toit de Chapelle!"


 Quelques nouvelles de l'économie normande à lire dans la dernière édition de la Lettre des décideurs publiée par Paris-Normandie (6 mai 2022):

La compagnie maritime bretonne "Brittany Ferries" est sauvée du naufrage par la bonne santé de ses lignes normandes:

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Les Américains investissent dans la matière grise aéronautique normande sur un sujet stratégique: les commandes électriques embarquées dans les avions. Une bonne nouvelle pour l'usine de Saint-Marcel près de Vernon mais on peut s'interroger à moyen terme sur l'avenir de notre souveraineté nationale... Mefité!

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Des Américains encore en manoeuvre dans l'industrie normande! Dans le Perche ornais à Mortagne pour développer l'usine de la Société Normande de Carton Ondulé... "International Paper" est le leader mondial du secteur: là encore, comme à la Chapelle Darblay, il s'agit de répondre à l'explosion de la demande de carton d'emballage en raison du développement du commerce en ligne.

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Encore une coopération interrégionale en défaveur de la Normandie?

Deux CCI de notre littoral national en mode "coopération interrégionale" c'est possible sur la vallée de la Bresle entre la Normandie et la région dite des "Hauts-de-France" (Picardie, Artois et Flandres devrait-on dire...): on frémit, en revanche, qu'il en soit de même pour le Couesnon avec nos "amis" Bretons !

Dans le cas Nord-Normand, la coopération est plutôt équilibrée car il existe entre nos deux territoires, de nombreux intérêts communs qui peuvent même remonter à l'époque de notre Guillaume Le Conquérant marié à la fille du puissant comte de Flandre en la collégiale d'Eu dans la vallée de la Bresle, justement! dont le pôle verrier a, aujourd'hui, une réputation internationale puisqu'on y fabrique l'essentiel de la production mondiale de flacon de parfum de luxe...

Un bémol cependant... Cette coopération interrégionale Nord-Normandie n'est à l'initiative que des seules CCI: la CCI Rouen Métropole, côté normand, et la CCI Littoral Hauts-de-France, côté picard. Manquent à l'appel, en effet, les deux conseils régionaux concernés bien que les régions aient récupéré l'importante compétence du développement économique et de l'accompagnement des entreprises depuis la loi NOTRe de 2015.

Si les 1700 entreprises normandes de la vallée de la Bresle qui ont déjà affaire à une CCI dont le siège est à Calais ne sont pas assez pris en compte dans leurs besoins par le conseil régional de Normandie, cette coopération "Nord-normande" risque d'être une coopération interrégionale en défaveur de la Normandie: une de plus!

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A Cherbourg, premiers états-généraux de la "bio-économie" les 11 et 12 mai 2022 car la Normandie avec ses atouts naturels et agro-alimentaires peut être la région leader française du "bio", du "bon" et du "biau"!

Ces premières rencontres pour aider à la structuration d'une filière normande en ce domaine est une excellente chose: la Normandie et la France doivent créer et investir un nouveau créneau dans l'économie mondiale: celui du luxe agro-alimentaire au même titre que les cosmétiques ou la mode...

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 Consciente des enjeux et défis qui pèsent sur les filières agro-alimentaires normandes (on pensera à l'élevage et à la filière laitière qui sont en souffrance), la Région Normandie annonce d'importantes modifications dans ses politiques publiques:

(Communiqué de la Région: 5 mai 2022)

La Région Normandie fait évoluer sa politique agricole pour l’adapter aux nouveaux enjeux de la filière

 Hervé Morin, Président de la Région Normandie, et Clotilde Eudier, Vice-présidente de la Région Normandie chargée de l'agriculture, de la pêche et de la forêt, ont présenté, ce matin, au sein de l’exploitation de Jean-Michel Billard à Équemauville, les contours de nouvelle politique agricole régionale, en présence de Sébastien Windsor, Président de la Chambre Régionale d'Agriculture de Normandie et des professionnels de la filière. 60 millions d’euros (dont 40 millions d’euros de FEADER) seront mobilisés chaque année par la Région pour financer cette nouvelle politique, élaborée sur la base d’une large concertation avec les acteurs de la filière.

 « Depuis 2016, nous avons mobilisé 458 millions d’euros pour l’agriculture normande. La Région a accompagné l'installation de plus de 2 000 agriculteurs et soutenu près de 3 000 investissements dans les exploitations locales. C'est cette dynamique que je souhaite voir renforcer au travers de notre nouvelle politique agricole, en la connectant toujours plus aux besoins des professionnels et aux enjeux de cette filière d’importance majeure pour notre territoire » a déclaré Hervé Morin, Président de la Région Normandie.

 Afin de renforcer les actions mises en œuvre depuis 2016, la Région Normandie a décidé de faire évoluer sa politique agricole pour l’adapter aux nouveaux besoins des professionnels et répondre aux enjeux de toute la filière.

 Courant 2021, 10 réunions de concertations ont permis aux acteurs de la filière agricole de dresser l’état des lieux, réfléchir aux actions et aux outils nécessaires pour préparer l’avenir. 250 professionnels et acteurs régionaux se sont ainsi penchés sur les thématiques de l’installation et la transmission, le développement des entreprises agricoles et alimentaires, la valorisation des produits, les nouvelles pratiques et transitions agroécologiques, l’innovation agricole et la coopération entre acteurs.

 Sur cette base, la Région a structuré son plan d’actions autour de 4 défis et 17 priorités avec un axe majeur : créer des outils simples permettant un accompagnement efficace de l’ensemble des agriculteurs quelque soit leur activité, leur localisation ou leur situation : de l'installation, en passant par le développement, l’adaptation, la transition, l’innovation jusqu’à la transmission.

Les grandes nouveautés de la politique régionale 2023-2027 :

  1. L’historique aide nationale « Dotation Jeune Agriculteur » devient « Normandie Démarrage Installation » avec notamment:
  • Une ouverture aux moins de 40 ans mais aussi aux plus de 40 ans (jusqu’à 52 ans). 60 millions d’euros seront mobilisés à cet effet.
  • Une simplification de la procédure : fin des bonifications et engagements liés, fin des avenants pour chaque changement du plan entreprise, une aide versée en 1 fois au démarrage…
  • Une possibilité d’adosser des outils financiers (garantie prêt, prêt d’honneur) pour faciliter la reprise.
  • La mise en place d’un futur fonds régional de portage foncier sur une durée de 10 ans, permettant à un agriculteur de différer l’acquisition de foncier.
  1. La mise en place d’un nouveau dispositif « le contrat de transition » qui propose une démarche de transition personnalisée avec un programme d’actions sur 5 ans qui devra comporter des engagements d’évolutions positives pour l’environnement.
  1. Le renforcement du soutien régional aux investissements dans les exploitations :
  • 130 millions d’euros seront dédiés aux nouveau dispositif « Normandie Investissements Agriculture » qui devra permettre l’accompagnement de plus de 3000 exploitations sur 5 ans sous 2 formes :
  • Projets conquérants / évolution : un taux d’aide incitatif et attractif (40 %) sera possible pour tous les projets d’installation, de transmission (en contrat de parrainage), de transitions agroéocologiques (AB, contrat transition, HVE, haies, agroforesterie), de valorisation projets, de filières émergentes (dont les races patrimoniales), d’innovation…
  • Projets adaptations – améliorations des exploitations : un taux de 20 % sera activable pour les projets dits d’adaptation comprenant les exploitations ayant déjà fait ses transitions (AB, MAEC, HVE, participation à ces groupes pratiques »), projets collectifs, projets d’améliorations des conditions de travail.
  • Une enveloppe de 30 millions d’euros sera aussi mobilisée pour les autres entreprises (IAA, ETA, filière équine…)
  1. Les dispositifs seront désormais ouverts en continu. Il n’y aura plus d’appels à projets. L’ensemble de ces dispositifs seront, par ailleurs, dématérialisés et accessibles sur la plateforme des aides régionales

La Région maintiendra sur la période 2023-2027 les dispositifs existants et ayant déjà fait leur preuve, parmi lesquels :

  • les outils pour la transmission : contrat de parrainage, parcours accompagné en espace test agricole…
  • le Conseil Stratégique Environnemental et Economique agricole (CAS2E)
  • le soutien aux projets de coopération et d’innovation
  • le plan de préservation des races patrimoniales normandes
  • le plan « Je mange normand dans mon lycée »
  • le soutien aux filières (lin, pomme), notamment à celles en émergence (viticulture, filière brassicole, protéines …)
  • les contrats d’objectifs

 La recherche scientifique en Normandie ça existe et elle est de niveau mondial. Deux exemples:

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Retour aux réalités sociales normandes actuelles: c'est hélas moins réjouissant... Par exemple du côté d'Elbeuf où l'INSEE constate pauvreté et chômage... Tout en jettant un voile pudique sur l'origine exacte des populations concernées!

https://actu.fr/normandie/elbeuf_76231/taux-de-pauvrete-chomage-l-insee-dresse-le-portrait-de-la-4e-circonscription-de-seine-maritime_50762935.html

RAS-LE-BOL DE LA SNCF !!!!

https://actu.fr/normandie/verneuil-d-avre-et-d-iton_27679/verneuil-sur-avre-la-panne-de-train-cree-un-bouchon-monstre_50778188.html

ENFIN !!!

https://actu.fr/normandie/pont-l-eveque_14514/a13-entre-pont-leveque-et-dozule-les-troisiemes-voies-ouvrent-aujourdhui_50766160.html


Patrimoine normand: une nouvelle vie commence pour l'ancien prieuré de Saint-Gabriel près de Bayeux. Le patrimoine architectural normand est magnifique et présent partout sur notre territoire: c'est un atout stratégique mais encore trop négligé pour le développement d'une économie régionale non délocalisable...

https://www.ouest-france.fr/normandie/calvados/pres-de-bayeux-le-prieure-saint-gabriel-ouvre-une-nouvelle-page-de-son-histoire-a8144cc8-cc8c-11ec-bc35-01778601fe28

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Près de Bayeux. Le prieuré Saint-Gabriel ouvre une nouvelle page de son histoire

À Saint-Gabriel-Brécy, près de Bayeux (Calvados), un magnifique prieuré du XIe siècle, ancienne école d’horticulture, s’apprête à écrire un nouveau chapitre son histoire millénaire. Un tiers lieu, abritant notamment une pépinière d’entreprises pour les artisans locaux, pourrait bientôt y voir le jour.

Le projet

L’endroit est un joyau. Un magnifique domaine du XIe siècle, ancien monastère bénédictin entouré de hauts murs, discrètement niché dans la vallée de la Seulles, à Saint-Gabriel-Brécy (commune de Creully-sur-Seulles), à une dizaine de kilomètres de Bayeux (Calvados). Trop discrètement, peut-être, aux yeux de la famille Fauchier-Delavigne, propriétaire du lieu : derrière le calme de ses (superbes) jardins, le prieuré Saint-Gabriel, ancienne dépendance de l’abbaye de Fécamp, nourrit aujourd’hui l’ambition devenir « un pôle d’attraction » au cœur d’un territoire rural parfois éludé par le littoral.

« L’objectif premier, c’est de rendre vivant ce haut lieu du patrimoine », annonce Stéphane Mellet, directeur de développement tout nouvellement recruté pour mener à bien cet ambitieux projet. « Nous voulons suivre au moins trois directions : l’insertion par l’économie, la protection de l’environnement et le soutien aux jeunes entrepreneurs locaux par la création d’une pépinière dédiée aux artisans locaux », poursuit-il. Et, donc, « faire en sorte que cet endroit devienne un tiers lieu qui incarne la vitalité de notre territoire », insiste le nouveau directeur de développement.

Vocation sociale et solidaire des lieux

Une manière, aussi, de redonner un souffle nouveau au prieuré après le départ prématuré de l’institut Lemonnier, une école d’horticulture qui occupait l’endroit jusqu’en 2021.

Signe que le projet est sur la bonne voie : il est l’un des vingt projets retenus en Normandie pour bénéficier d’un accompagnement de l’Agence de développement régional des entreprises sociales et solidaires. « Il risque d’y avoir une actualité riche au cours des prochains mois », glisse, un brin mystérieux, Stéphane Mellet.

Le projet qu’il met patiemment sur pied s’inscrit dans la droite lignée de l’histoire contemporaine des lieux. Acquis par Emmanuel Fauchier Delavigne en mars 1914, l’homme et son épouse Marcelle entendent dès l’origine donner une vocation sociale et éducative à ce monastère fondé en 1058. C’est chose faite en 1929, année à laquelle ouvre une école d’horticulture. « L’idée initiale était d’aider des jeunes en difficulté dans l’esprit de Don Bosco, explique Claudie Fauchier-Delavigne, de la famille propriétaire. C’est resté une école d’horticulture pendant 90 ans. »

En 2019, l’institut Lemonnier investit les lieux pour y poursuivre, entre autres, l’enseignement de l’horticulture. L’aventure ne dure que trois ans. « La SCI familiale s’est alors demandé comment faire vivre ces bâtiments, poursuit Claudie Fauchier-Delavigne. On a donc décidé de créer une SAS (société par action simplifiée) sociale et solidaire avec l’idée de perpétrer la philosophie initiale tout en l’adaptant au monde d’aujourd’hui. On repart sur de nouvelles bases tout en restant dans l’esprit des fondateurs. »

Par ailleurs, le prieuré conserve, entre ses murs, toute une série d’animations mises en place au cours de ces dernières années. Des Escape games y seront ainsi de nouveau organisés cet été, des expositions et visites guidées proposées. Samedi 7 et dimanche 8 mai, les lieux accueillent également un marché aux potiers. Un rendez-vous devenu tradition : c’est la 22e édition qui se tient dans les jardins du prieuré.


 Les parcs éoliens en mer font l'unanimité de l'opinion publique contre eux, à commencer par les pêcheurs. Le 5 mai 2022, un colloque scientifique réuni à Cherbourg s'est penché sur la question sensible de l'impact environnemental de cette industrialisation inédite de l'espace marin:

Premiers constats: les parcs éoliens marins génèrent une pollution électro-magnétique qui dérange effectivement les poissons...

https://www.ouest-france.fr/normandie/manche/des-premieres-etudes-sur-les-consequences-environnementales-des-parcs-eoliens-en-mer-en-normandie-e29715ee-cc8f-11ec-bc35-01778601fe28

Des premières études sur les conséquences environnementales des parcs éoliens en mer en Normandie

​Un colloque consacré aux enjeux environnementaux des parcs éoliens en mer s’est déroulé à Cherbourg (Manche), ce jeudi 5 mai 2022. Au programme : des études sur les effets connus des grands mâts blancs sur la biodiversité.


 A Jersey, le redémarrage de l'économie touristique se fait attendre: s'ils étaient moins localisto-nationalistes, et plus "Normands" ça irait mieux!

Seuls... 3,25% des touristes qui reviennent à Jersey viennent du... continent: effet Brexit oblige puisqu'il faut désormais un passeport en bonne et due forme pour se rendre dans notre Normandie d'outremer!

https://www.ouest-france.fr/normandie/manche/le-lent-reveil-touristique-de-jersey-apres-deux-hivers-de-crises-12e11cc6-c737-11ec-85c7-ebe232218271

Le lent réveil touristique de Jersey, après deux hivers de crises

Plus de deux ans après les dernières traversées depuis la Manche, les touristes français peuvent, à nouveau, rejoindre les îles Anglo-normandes depuis le Cotentin. À Jersey, le tourisme redémarre lentement, sans grande inquiétude du côté britannique. Reportage à Saint-Hélier, sa capitale.

(...)

On vous fait grâce de la lecture de la suite de ce reportage d'une jeune journaliste de Ouest-France qui semble découvrir avec étonnement que les noms de rue et lieux publics de Saint-Hélier, la capitale de Jersey soient traduits en normand...

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"Le Guardian n’est pas vendu chez certains marchands de journaux. Ni de journaux français. Ce qui n’empêche pas les rues d’être traduites en normand. C’est le cas du « Marchi à paîssons » (comprendre marché à poissons), typique, aux étals assez peu remplis."  Emma Rodot.


 

Qu'on l'aime ou qu'on le déteste (c'est en général le cas) le "socialiste" Marc-Antoine Jamet, maire de Val-e-Reuil  est un baron incontournable dans la région. Question: est-il normand? Poser la question c'est y répondre!

Le Poulpe, média normand indépendant d'investigation brosse le portrait à rebrousse poil qui convient de cet important réseauteur parfois importun...

https://www.lepoulpe.info/des-salons-parisiens-aux-cites-de-leure-les-vies-multiples-du-baron-jamet/

Des salons parisiens aux cités de l’Eure, les vies multiples du baron Jamet

Doté d’un solide entregent, Marc-Antoine Jamet, à la fois maire socialiste de Val-de-Reuil et collaborateur du milliardaire Bernard Arnault, est un personnage clivant, insupportable pour les uns, gros bosseur pour les autres. Le socialiste bon teint, à l’ego démesuré et aux nombreuses facettes, s’est bâti, au fil des années, un véritable fief local.

Sur le perron de l’hôtel de ville, Marc-Antoine Jamet, maire socialiste de Val-de-Reuil s’avance, en compagnie du préfet de l’Eure, à la rencontre des nombreux journalistes présents. Depuis quelques heures, ce 13 septembre 2021, la commune de Val-de-Reuil anime le débat sur les plateaux des chaînes d’info en continu.

La ligue de défense noire africaine, une organisation extrémiste que le gouvernement a dissoute depuis, a envahi la mairie le week-end précédent, l’action faisant suite à un affrontement entre une centaine de personnes quelques jours auparavant en raison d’un différend d’ordre privé intervenu entre deux enfants issus des communautés kurde et sénégalaise. 

A ceux qui perçoivent dans cet incident l’illustration concrète du choc communautaire tant redouté, l’élu, avec sa faconde caractéristique, démine à tout va, réfutant cette lecture des évènements. Pas question de voir la réputation de la ville, et par ricochet celle de son maire, entachée.

« Il y a un communautarisme trop important à Val-de-Reuil qui est train de lui exploser à la gueule », pique néanmoins un proche du PS normand.

« La situation s’est dégradée, observe une source proche de la municipalité. Il y a d’abord un contexte national qui n’est pas de la responsabilité du maire, avec des générations de jeunes qui se sont mis à imposer à leurs parents, très intégrés, de se recentrer sur la religion. » 

Notre interlocuteur enchaîne ensuite sur des considérations plus locales : « Le souhait de valoriser certaines communautés à certains moments, de fragmenter l’action municipale en fonction des communautés et de placer des gens proches de la mairie dans différentes associations a peut-être aussi eu tendance à exacerber le mouvement. »

Questionné sur ce thème, Marc-Antoine Jamet réfute toute forme de communautarisme à l’aune de la sociologie électorale de sa commune : « La plupart de ceux qui composeraient ces communautés ne votent pas. C’est le cas notamment des kurdes qui ont rarement la nationalité française. Cela l’est également pour les jeunes de 3 ème ou 4 ème génération après l’immigration qui ne se déplacent pas souvent. Je suis donc plutôt élu par des retraités, des personnes agées, par des actifs, par des femmes, par des entrepreneurs, par de vieilles familles rolivaloises. »

Depuis plus de vingt ans, MAJ, comme on surnomme familièrement le maire, insiste plutôt sur le vivre ensemble et la fraternité républicaine dans cette commune déshéritée du nord de l’Eure où cohabitent plusieurs dizaines de nationalités. Réélu haut la main pour un quatrième mandat municipal, Marc-Antoine Jamet est aujourd’hui un vieux routier de la politique. Avec un style tout particulier.

« Je fais du funambulisme entre travail et capital »

« Je fais du funambulisme entre travail et capital, marché et Etat, solidarité et entreprise », dit de lui-même Marc-Antoine Jamet, maire PS de Val-de-Reuil, laissant poindre un ego fort développé.

« Il est macroniste à Paris et socialiste en Normandie », résume un opposant politique. A cela, Marc-Antoine Jamet, qui tire à boulets rouges sur le récent accord législatif négocié par son parti avec la France insoumise, répond qu’au contraire, il critique souvent ouvertement le président Macron, entouré de « pas bons » et « à la culture moyenne » citant François Hollande au sujet de son successeur à l’Elysée. 

Ainsi, l’énarque socialiste va et vient depuis 20 ans tel un pendule entre la capitale et son fief politique rolivalois remporté en mars 2001 et où 400 personnes (agents, fonctionnaires toutes catégories) travaillent sous les ordres de l’élu qui avoue une certaine tendance au « dirigisme ».

« Il a un cabinet et des cadres compétents mais c’est lui le chef et c’est lui qui tient toutes les manettes, sans exception », rapporte Jean-Louis Destans, ancien président socialiste du département de l’Eure. « Beaucoup de gens viennent travailler la boule au ventre à la mairie », affirme William Thiery, son seul opposant RN au conseil municipal, pour insister sur son autoritarisme supposé.

A Val-de-Reuil, « sociologiquement à gauche », dixit un observateur local, l’opposition de droite a disparu, celle d’extrême droite peine à émerger. A la dernière élection municipale, Marc-Antoine Jamet a réalisé un score de dictateur africain avec près de 90 % des suffrages exprimés. 

William Thiery, qui a dépassé d’un cheveu les 10 %, essaie de faire le job. Il attaque ainsi le maire sur sa supposée distance avec le terrain. « Si Marc-Antoine Jamet a un logement à Val-de-Reuil dans un bâtiment derrière la mairie, c’est seulement pour avoir une adresse, il vit la plupart du temps à Paris », affirme l’opposant.

William Thiery n’a toujours pas digéré le tract injurieux dont il a fait l’objet pendant les élections municipales de 2020. L’élu RN a d’ailleurs déposé plainte contre X à ce sujet. Sans preuve, il y voit la main du maire et de ses équipes. 

Le document, qui énumérait dix bonnes raisons de ne pas voter pour W. Thiery, enchaînait à son encontre des qualificatifs pour le moins violents comme « fumiste », « incompétent », « charlatan », « imposteur », etc. « Sans parler des affiches « Je vote » collées sur mes propres affiches de promotion électorale », s’emporte l’opposant.

Très volubile, Marc-Antoine Jamet, qui se décrit comme un faux taiseux, distribue toujours les compliments avec une infinie largesse. « Il faut bien que je m’amuse, j’ai droit comme tout le monde à une certaine joie », dit-il pour expliquer son style haut en couleur, convenant que cela lui aura certainement coûté quelques points en matière de carrière politique. 

A Guy Lefrand, maire LR d’Evreux, Marc-Antoine Jamet décoche une flèche : « Ce bon docteur auquel on ne peut pas dire deux mots sans qu’il vous envoie c…., même quand on veut lui dire des mots gentils. Mais il est tellement sur la défensive. » Et le président de la région Normandie Hervé Morin ? « C’est un des hommes politiques les plus bêtes que nous ayons. »

« Une certaine raideur »

Accro aux réseau social Twitter, le maire de Val-de-Reuil dézingue à tout va, autant en politique nationale que locale. « Il n’aime pas beaucoup ses opposants », sourit Jean-Louis Destans, qui décèle en lui « une certaine raideur ». 

Au département, où il vient d’être élu conseiller départemental, MAJ compte bien aller à l’affrontement avec Sébastien Lecornu, le président et patron de la droite macroniste locale. Marc-Antoine Jamet ne lui pardonne pas la fermeture du collège Pierre Mendès-France à Val-de-Reuil finalement validée par le conseil d’Etat en référé tandis que, sur le fond, la commune a obtenu gain de cause auprès de la cour administrative d’appel de Douai fin décembre.

Annoncé en octobre 2017 lors d’un conseil d’administration de l’établissement, ce projet polémique et hautement inflammable était pourtant dans les tuyaux depuis 2011 quand le conseil départemental de l’Eure était présidé par le socialiste Jean-Louis Destans. De l’art de l’équilibre et de l’esbroufe… 

Marc-Antoine Jamet est aussi un cumulard et fier de l’être : secrétaire général et directeur de l’immobilier du groupe de luxe LVMH dirigé par le milliardaire Bernard Arnault, il préside également le centre national d’enseignement à distance (CNED), le pôle de compétitivité Cosmetic Valley, le Jardin d’acclimatation situé à un jet de pierre du bois de Boulogne où s’élève la fondation Louis Vuitton appartenant à LVMH. 

Si Marc-Antoine Jamet assume mieux aujourd’hui être à la fois socialiste et cadre dirigeant de LVMH, « ça a été plus difficile à son arrivée dans l’Eure », se souvient Jean-Louis Destans, ancien président PS du Département de l’Eure. « L’extrême gauche locale l’a souvent attaqué sur ce thème », rapporte François Charmot, ancien journaliste local et ex-membre du PS dans l’Eure. 

L’édile rolivalois est encore administrateur de l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), fondé et dirigé par Pascal Boniface. Il y siège, entre autres, aux côtés de l’ancien ministre socialiste des Affaires étrangères Hubert Védrine, lui-même administrateur indépendant et membre du comité d’éthique et de développement durable de LVMH.

Jamais à court de temps visiblement, Marc-Antoine Jamet a pris une nouvelle casquette le 16 juin 2021 : celle de président du comité des Champs-Elysées, association regroupant près de 200 acteurs publics et privés présents sur la célèbre avenue de la capitale. Parmi les adhérents du comité, on retrouve plusieurs grandes marques de LVMH comme Bulgari, Dior, Louis Vuitton, Guerlain, Tiffany & Co entrée récemment dans le giron de l’entreprise.

« Si je n’étais pas maire, cela ferait sans doute longtemps que je serais devenu patron d’une des sociétés de LVMH. Je n’ai qu’un seul salaire celui de LVMH », déclare Marc-Antoine Jamet.

« Avec 700 euros par mois d’indemnité municipale, je compte sur mon travail plus que sur mon mandat pour vivre »

« Avec 700 euros par mois d’indemnité municipale, je compte sur mon travail plus que sur mon mandat pour vivre. Zéro note de frais, zéro achat (j’ai payé mon mobilier de bureau, zéro carte d’essence, zéro avancement au piston, zéro recrutement familial, cela permet d’être indépendant », ajoute l’élu socialiste.

Sur le point de son traitement, sa déclaration d’intérêts déposée en novembre 2020 à la Haute autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) fait apparaître d’autres rémunérations, tout du moins pour l’année 2019. 

En plus des 798 241 euros nets perçus pour son poste de secrétaire général de LVMH et PDG du Jardin d’acclimatation, agrémentés de 42 990 euros de dividendes bruts tirés de LVMH, il y a aussi un net imposable annuel cumulé de 31 827 euros pour les postes occupés au titre de quelques fonctions et mandats électifs à la mairie de Val-de-Reuil (9799 euros sur 2019), au conseil régional de Normandie, à la CASE et au syndicat mixte de Léry-Poses.

Sa vocation politique ? « Cela fait dix ans que je fais de la politique pour les autres. J’avais envie de me lancer » déclarait-il en 2001 au quotidien de gauche Libération pour expliquer sa candidature. 

Plus prosaïquement, Laurent Fabius, à l’époque ministre de l’Economie et des finances, recommande Marc-Antoine Jamet, son conseiller spécial de l’époque (2000-2001) et ex-directeur de cabinet à la présidence de l’Assemblée nationale (1997-2000), à Bernard Amsalem, maire de Val-de-Reuil sortant. Ce dernier ne souhaitait pas se représenter aux élections municipales et n’avait aucun adjoint désireux de se positionner pour lui succéder.

« La transition entre lui et Marc-Antoine Jamet n’a pas été des plus sereines », souffle aujourd’hui Jean-Louis Destans, évoquant « des incompatibilités de personnalités ». Contacté par Le Poulpe, Bernard Amsalem n’a pas donné suite.  

Depuis qu’il lui a succédé, Marc-Antoine Jamet est solidement arrimé à son siège de premier magistrat et enchaîne les mandats avec des scores impressionnants mais des taux de participation faibles, 38,21%, par exemple, en 2020. 

En 2014, le taux de participation était monté à 49,55%. Le combat politique – avec trois listes – promettant sans doute un peu plus de suspense qu’à l’accoutumée : le maire sortant avait été réélu avec 2 290 voix contre 992 pour le candidat divers gauche Michaël Amsalem, fils du premier maire de la ville et employé au conseil régional de Normandie.

« Un système de maillage du territoire »

Quels sont les ressorts des succès municipaux de Marc-Antoine Jamet ?

« Il a réellement transformé la ville. Il l’a rendue plus belle et plus vivable », le félicite Janick Léger, son ancienne adjointe, aujourd’hui maire de Léry, louant son investissement dans les écoles de la ville. « Il est tombé sincèrement amoureux de cette ville, il en a fait un challenge personnel », ajoute l’édile.

« Marc-Antoine, c’est beaucoup de travail, une grande intelligence et une capacité d’organisation hors du commun », formule Jean-Louis Destans citant notamment son action culturelle et celle en matière de rénovation urbaine. « Il a su tisser un noeud social dans la ville », ajoute l’ancien président du Département. 

Un ancien socialiste, fin connaisseur de la donne locale, parle, lui, de « clientélisme ». « Il use de ses réseaux pour résoudre les problèmes des citoyens qui viennent le solliciter », avance notre interlocuteur. « Résoudre les problèmes, trouver un crédit, une inscription en fac, un stage, un rendez-vous chez un médecin, c’est un peu à cela que je sers », assume l’édile. 

« Il y a un système de maillage du territoire qui permet de mobiliser au moment des élections. C’est du donnant donnant », rapporte une source proche de la mairie. « Il a su placer des relais dans bon nombre de structures associatives de la ville, notamment les associations étrangères », observe pour sa part François Charmot, ancien journaliste. 

La présidente de l’association en charge de la gestion du cinéma les Arcades, par ailleurs responsable de la maison de la jeunesse et des associations, Nadia Benamara n’est autre que la belle soeur de Fadila Benamara, l’adjointe au maire molestée lors de l’envahissement de la mairie par des activistes de la ligue de défense noire.

La directrice du théâtre de l’Arsenal, Nathalie Bove, a officié en tant qu’adjointe au maire de MAJ lors de son second mandat. A la même époque, son époux, Philippe Bove, travaillait au service communication de la ville.

L’organigramme municipal recèle également plusieurs personnalités liées au parti socialiste normand. Thomas Toutain, actuel directeur de cabinet, est l’ancien animateur fédéral des jeunes socialistes dans l’Eure. L’ex-directeur du pôle événementiel et culture, David Fontaine, a longtemps été un cadre du PS de Seine-Maritime.

A l’échelle de Val-de-Reuil, le secrétaire général de LVMH s’est inspiré des méthodes – verrouillage et réseautage politique – de Laurent Fabius, son maître à penser.

« Il a été complètement formaté. Il a hérité de ses pratiques politiques, à savoir la création de réseaux et la mise en place d’éléments stratégiques à différents endroits pour contrôler un territoire », analyse une socialiste euroise.

Le maire se défend, assurant que les associations de quartiers ont « des reproches » à lui faire, que celles de parents d’élèves sont, dans certaines écoles, contrôlées par des représentants aux appartenances politiques qui ne sont pas les siennes ou encore que des associations ont soutenu des listes « opposées, voire dissidentes » à chacune des élections où il s’est présenté.

« De par ses réseaux, les portes s’ouvrent plus facilement pour M. Jamet »

Outre son penchant pour les coups de billard à quinze bandes, MAJ s’appuie sur son exceptionnel entregent. Un impressionnant carnet d’adresses qui va de gauche à droite sur l’échiquier politique et économique. « De par ses réseaux, les portes s’ouvrent plus facilement pour M. Jamet que pour un maire lambda », formule Janick Léger.

Une de ses anciennes élèves, Sophie Boissard, est la patronne du groupe gestionnaire de maisons de retraite Korian, tandis qu’une ancienne collaboratrice, Véronique Bédague, à l’époque où il travaillait pour Laurent Fabius, est devenue DG de la société immobilière Nexity.

Selon un proche du parti socialiste, l’implantation, en 2017, d’un atelier Hermès dans la commune, avec 150 emplois à la clé, ne doit rien au hasard. « LVMH a été actionnaire de la société par le passé », rappelle notre interlocuteur. La holding personnelle de Bernard Arnault a aussi autrefois détenu une part du capital de l’entreprise de luxe. 

Quand Marc-Antoine Jamet rentre chez LVMH en 2001, c’est par l’entremise de Nicolas Bazire, qui, comme lui, a fait l’ENA et a été auditeur puis conseiller référendaire à la Cour des Comptes. L’actuel responsable du développement et des acquisitions de LVMH est alors DG de Groupe Arnault depuis 1999. 

Nicolas Bazire et Marc-Antoine Jamet se sont côtoyés dans les années 1990, quand le premier est directeur de cabinet d’Edouard Balladur, alors premier ministre, entre mars 1993 et janvier 1995 et que le second est directeur de cabinet du premier secrétaire du PS Henri Emmanuelli de 1994 à 1995 puis directeur de cabinet de Laurent Fabius, alors président du groupe socialiste à l’Assemblée nationale de 1995 à 1997. 

« On se croisait à Matignon où on pouvait en tant que membres de l’opposition le prévenir par courtoisie que l’on aurait prochainement quelques mots durs envers le Premier ministre », rappelle Marc-Antoine Jamet dans une interview donnée en février 2021 à Immoweek. 

Le média coorganise tous les ans une grand-messe célébrant les acteurs de l’immobilier d’entreprise en France avec le cercle Pierres d’Or, association de professionnels du secteur que le directeur de l’immobilier de LVMH préside en plus de ses autres casquettes qu’il juge toutes « complémentaires ». 

Marc-Antoine Jamet est un personnage politique complexe. « Son engagement à gauche s’explique en partie par ses origines familiales », analyse Jean-Louis Destans. « Sa mère, actrice de théâtre, a fréquenté des gens proches de l’extrême gauche », expose notre interlocuteur. Alors que son père, Dominique Jamet, éditorialiste et journaliste, se range parmi les souverainistes de droite. Sans parler de son oncle Alain Jamet, cadre du Front National dans l’Hérault sous le règne de Jean-Marie Le Pen.

« Je suis à leur opposé depuis toujours. Je combats leurs idées. Je les respecte néanmoins et je les aime. Ils font de même avec moi. C’est la famille et il y a sans doute de la Méditerranée dans tout cela », explique MAJ. « Entre gauchiste et anarchiste de droite, je suis devenu social-démocrate. Pas mal comme atterrissage ? », ajoute-t-il.

François Charmot se souvient d’avoir accompagné l’édile rolivalois à une manifestation pour protester contre la venue de Jean-Marie le Pen, en 2012, à Andé, petite commune de l’Eure. « C’était un peu musclé mais il n’avait pas peur. Il s’était mis devant », relate l’ancien journaliste de Paris-Normandie. En politique, Marc-Antoine Jamet ne rechigne jamais à monter au front.

Le maire de Val-de-Reuil ne laisse personne indifférent. François Loncle, député de la 4e circonscription de l’Eure pendant 20 ans de 1997 à 2017, lui a toujours barré la route de la députation. 

« Il a les défauts de ses qualités. Si son bilan municipal est bon, son comportement l’est moins. C’est un monument d’insincérité qui ne manquait jamais de m’envoyer un message chaleureux pour mes réélections mais qui, dès le lendemain, me combattait sur le terrain », raconte l’ancien parlementaire socialiste aujourd’hui macroniste.

« Dans l’Eure, Marc-Antoine a toujours été considéré comme le parachuté, un illégitime »

Au moment d’organiser sa succession, François Loncle a préféré choisir comme suppléant Bruno Questel, alors maire PS de Bourgtheroulde, aujourd’hui député LREM. « Dans l’Eure, Marc-Antoine a toujours été considéré comme le parachuté, un illégitime », explique un ex-socialiste. 

Marc-Antoine Jamet et Bruno Questel se vouent aujourd’hui une haine cordiale et ne manquent jamais une occasion de s’invectiver sur le réseau social Twitter, un univers numérique où le maire de Val-de-Reuil est particulièrement actif et incisif.

Au-delà de leurs querelles, le député Questel reconnaît néanmoins à Marc-Antoine Jamet un certain talent pour mobiliser les énergies et faire jouer ses relations parisiennes et institutionnelles au bénéfice de Val-de-Reuil, que ce soit sur le plan architectural ou immobilier. 

Et de tacler à nouveau. « Dans son esprit, il y a Val-de-Reuil d’un côté et le reste du département de l’autre. Il a un côté ado dans son comportement. Il me fait penser à mon fils de 18 ans. Brillant, il a aussi le mépris facile face à des interlocuteurs n’ayant pas son QI », formule le parlementaire LREM.

L’homme a ses détracteurs et ses thuriféraires. A l’instar de Timour Veyri, son ancien directeur de cabinet en mairie, qui lui a succédé comme premier secrétaire fédéral du PS de l’Eure en mars 2018 : « Il y a chez Marc-Antoine quelque chose de Cyrano de Bergerac et de D’Artagnan. C’est un Gascon en terres normandes. Qu’importe les coteries, les puissances, il fait toujours ce qu’il pense être droit, il dit toujours ce qu’il pense être juste. »

Mélanie Boulanger, maire de Canteleu tête de la liste PS-EELV arrivée deuxième aux élections régionales, a été la collaboratrice de Marc-Antoine Jamet de juillet 2003 à décembre 2006 à la mairie de Val-de-Reuil. De cette période intense, Mélanie Boulanger sort véritablement épuisée et part un peu fâchée. « Je faisais des journées de 8h00 – 23h00 », glisse-t-elle (cet entretien a été réalisé bien avant les ennuis judiciaires de la maire de Canteleu). 

A la communauté d’agglomération Seine-Eure (Case), présidée par Bernard Leroy, maire UDI du Vaudreuil qui a décliné notre sollicitation, le cas Jamet anime nombre de conversations. L’un des derniers dossiers chauds reste le recours gracieux déposé par la commune de Val-de-Reuil contre le pacte financier et fiscal de la CASE voté en mars 2021. 

Il y a quelques mois, le préfet a écrit à Bernard Leroy pour lui demander de revoir sa copie pour défaut de concertation. Des délais de consultation en amont fixés par la procédure ainsi que de nombreux points de vérification notamment n’auraient pas été respectés et exécutés, selon le maire de Val-de-Reuil. 

Et l’élu rolivalois de continuer : « Bernard Leroy ne sait pas diriger une assemblée ni une collectivité. Il pense qu’une collectivité se dirige comme une entreprise et que les collectivités doivent suivre les ordres du patron. »

Les deux hommes se vouent une haine cordiale. MAJ ne résiste jamais à tacler le maire du Vaudreuil, commune limitrophe de Val-de-Reuil. « Je ferai un remarquable maire de ce petit village, plus présent, plus inventif, plus accessible, plus humain, que l’actuel et donc que je réunirai bien les deux communes », écrit-il au Poulpe en invoquant un trait d’humour.

« Il a tendance à mépriser ceux qui sont pas sur sa ligne »

Pour Anne Terlez, première adjointe au maire de Louviers François-Xavier Prolliaud et vice-présidente de l’agglomération Seine-Eure en charge de la politique de la ville, de l’habitat et des transitions durables, « Marc-Antoine Jamet est un personnage très contrasté ». 

Celle qui est aussi la vice-présidente en charge de la cohésion sociale au sein de l’association des communautés de France (AdCF) regrette qu’il ne mette pas son expérience et son réseau au service de l’interco.

Sur les dossiers de politique et de rénovation urbaine, où l’agglo est en coresponsabilité avec les maires, les relations sont assez difficiles. « Marc-Antoine Jamet traite directement avec l’Etat, il cherche à évincer le plus possible l’interco, cela rend la relation partenariale difficile. Il gère en solitaire. Mais pour avoir une convention d’engagement avec l’Agence nationale pour la rénovation urbaine (ANRU), par exemple, il lui faut obligatoirement passer par l’interco », souligne l’élue Modem. 

« Economiquement et socialement, nous sommes les plus pauvres avec 1600 chômeurs pour environ 15 000 habitants. Nous sommes la plateforme économique, sportive, culturelle et de services sociaux de la CASE. J’ai le sentiment qu’on pratique plutôt bien le principe de solidarité et de partage au contraire », rétorque Marc-Antoine Jamet.

Il y a quelques mois, le maire de Val-de-Reuil a démissionné de sa vice-présidence à l’agglomération, signe que les tensions ne se sont pas apaisées au sein de l’intercommunalité. 

« C’est un peu son point faible, il n’est pas très coopératif avec les autres maires et, du coup, il est isolé », juge Jean-Louis Destans. « Il a tendance à mépriser ceux qui ne sont pas sur sa ligne », rapporte François Charmot.  

« Ce n’est pas l’humilité qui l’étouffe », renchérit un ex-socialiste pour expliquer le désamour certain que le maire rencontre au niveau local. « Dès qu’il est arrivé dans l’Eure, il a voulu être reconnu comme le patron. Ça n’a pas plu à tout le monde », décrypte la même source.

C’est un trait caractéristique du personnage. Son côté « perso » et sa capacité à se brouiller avec à peu près tout le monde, y compris dans son propre camp politique. 

Jean-Louis Destans, s’il rapporte avoir été « globalement » en accord avec lui,  révèle ainsi avoir eu « des divergences » sur des stratégies en interne au PS local. Marc-Antoine Jamet s’est aussi beaucoup accroché avec Franck Martin, ancien maire PRG de Louviers.

« Je n’allais pas à ses côtés jouer au parrain sicilien ou à la statue du commandeur »

Il a également réussi à se brouiller avec Janick Léger, actuelle maire socialiste de Léry et ancienne adjointe au maire à Val-de-Reuil. « Dès que des gens montent un peu haut au PS, il leur tape un peu sur la tête pour annihiler une éventuelle concurrence », analyse François Charmot. Et d’affirmer qu’il aurait « savonné la planche » de Janick Léger lorsqu’elle a lorgné la présidence de la CASE en 2008. « Il ne souhaite pas voir émerger d’autres personnalités au PS », résume un socialiste eurois. 

« Je me suis abstenue sur une délibération prévoyant le développement d’un réseau de vidéosurveillance. Je crois qu’il m’en a beaucoup voulu », rapporte également Janick Léger.

Plus récemment, Marc-Antoine Jamet a aussi « éjecté » le conseiller départemental PS sortant, Jean-Jacques Coquelet, pour former un binôme avec la maire de Léry au dernier scrutin départemental. Pour le remercier de sa docilité,  MAJ lui a offert sa vice-présidence à la CASE.

« Marc-Antoine Jamet savait qu’il ne serait pas élu à la Région et il avait besoin de continuer d’exister politiquement », décrypte François Charmot. « La gauche seino-marine ne voulait plus de lui à la Région, il n’était pas forcément très présent », souffle une élue socialiste.

« Les tableaux de présence ont toujours montré, sur 20 ans, que j’étais le plus présent des élus de mon groupe (presque plus que les présidents successifs…) en séance et en durée », rétorque l’édile rolivalois.

« Il y a une règle non écrite chez les socialistes, en tout cas ceux de l’Eure, qui veut que la tête de liste soit le premier fédéral. Je l’ai appliquée en cédant mon siège quand je ne l’ai plus été. Le poste revenait naturellement à mon successeur, mon ami Timour Veyri. Je n’allais pas à ses côtés jouer au parrain sicilien ou à la statue du commandeur », ajoute l’élu.

En tout état de cause, Marc-Antoine Jamet, qui avait de grandes ambitions politiques à son arrivée dans l’Eure, n’a pas réussi à les concrétiser.  

Son mandat de 1er fédéral du PS de l’Eure n’a pas été couronné de succès. Le PS a subi de lourdes défaites locales, supplanté par la machine de guerre Sébastien Lecornu. « Son bilan n’est pas bon », tranche François Charmot. « Mais est-il meilleur dans d’autres départements pour le PS ? », interroge l’ancien journaliste pour appuyer sur la déliquescence, d’abord nationale, du parti de Jaurès.

Son bilan est meilleur à la tête de la commune nouvelle de Val-de-Reuil, créée ex nihilo en 1981 en pleine euphorie mitterrandienne. La ville n’a pas encore cinquante ans mais a déjà fait l’objet de trois grands programmes de renouvellement urbain rappelle le site de l’ANRU. 

Deux premières opérations de renouvellement urbain ont été menées entre 2001 et 2003 et entre 2006 et 2014. Elles ont permis d’investir près de 130 millions d’euros dans la transformation de la ville. 

En 2017, Val-de-Reuil a été retenue parmi les 200 villes bénéficiant d’un nouveau programme de renouvellement urbain (NPNRU) et une troisième convention d’un montant de 100 millions d’euros a été signée en octobre 2019 par la ville avec ses partenaires financiers. « Il faut lui reconnaître une capacité hors du commun pour aller chercher des financements extérieurs », commente une source proche de la maire.

Comme le fait remarquer un ex-opposant politique, continuer de rentrer dans les critères de pauvreté et de précarité fixés par l’ANRU ne donne pas nécessairement une raison de se réjouir.

De fait, la commune n’a toujours pas digéré le surdimensionnement voulu par ses concepteurs qui visait un objectif de 100 000 habitants, dont 40 000 en centre-ville. 

« Je pourrai avoir plus d’habitants mais en les logeant dans des taudis. Il n’en est pas question donc je déconstruis et reconstruis », assume l’édile rolivalois qui se félicite d’avoir fait baisser la part du logement social dans le parc global de logements.

Cette dernière reste néanmoins largement majoritaire, de l’ordre de 65 %. « C’est  aussi une stratégie. Cela permet d’y installer des populations défavorisées qui votent en votre faveur », grince un ancien socialiste eurois.

« Tous mes rêves ne deviennent pas réalité »

Marc-Antoine Jamet dit vouloirattirer les classes moyennes, tout en gardant les classes populaires défavorisées. « Je veux des parents d’élèves, de l’opposition de droite, des bénévoles pour le sport, des gens qui montent des associations… »,  lance l’élu socialiste. 

« Quand je suis arrivé en 2001, il y avait zéro permis de construire, deux policiers municipaux, il y en a quinze maintenant. Une boulangerie, il y en a sept ; pas de fleuriste, il y en a deux ; pas de boucherie, il y en a une », poursuit-il pour louer son action et son bilan.

D’après Janick léger, « le rêve » de Marc-Antoine Jamet serait d’absorber les petites communes situées à sa périphérie afin de résoudre le problème originel du sous-dimensionnement. « Les constructions se développent à l’est et à l’ouest pour englober à terme les petites communes », avance l’édile de Léry.

« Tous mes rêves ne deviennent pas réalité. Il faudrait un référendum local, l’accord de mes collègues, la bénédiction du préfet. On en est loin. Je le regrette et continue de croire en notre coopération mitoyenne », indique MAJ.

Le déséquilibre démographique décrit plus haut a été à l’origine de lourdes difficultés financières au début des années 2000, lorsque MAJ est arrivé aux manettes.   

« En 20 ans, nous avons divisé la dette, environ 79 millions d’euros, par deux. Personne n’a voulu partager ce fardeau. L’équivalent d’un budget annuel de la ville est parti dans le remboursement », rappelle également Marc-Antoine Jamet. « Il a redressé la situation financière de la ville très dégradée à son arrivée », confirme Janick Léger.

Dans un compte rendu des délibérations du conseil municipal du 16 décembre 2020, on apprend que le maire a pour but de ramener la dette à 37,7 millions d’euros d’ici la fin de son mandat. « La dette des débuts est éteinte depuis longtemps mais la ville s’est réendettée par la suite », nuance aujourd’hui un ancien fonctionnaire de la municipalité.

Marc-Antoine Jamet est un homme de théâtre, y compris et d’abord en politique. Le cinéma ne lui déplaît pas même si ce dernier n’a pas toujours été tendre avec lui.

Le 7ème art version François Ruffin, aujourd’hui député LFI, avec son film « Merci patron ! » – un brûlot virulent sorti en 2016 contre LVMH et son patron Bernard Arnault – ne fut pas vraiment à son avantage.

Marc-Antoine Jamet, piégé par la caméra du fondateur du journal satirique Fakir, le rend bien au député LFI. Il l’avait gratifié dans ses vœux 2021 du doux qualificatif « d’idiot utile de la Macronie ». 

Le maire rolivalois reprochait au député LFI d’être « venu plastronner devant les caméras des TV parisiennes et reparti aussi vite, une fois sa déclaration faite devant l’usine de Sanofi de Val-de-Reuil ». 

François Ruffin était en effet venu le 19 janvier soutenir les grévistes du groupe pharmaceutique protestant contre 400 suppressions d’emploi dans la R&D de l’entreprise.

Les deux hommes entretiennent une relation politique particulière, à la ville comme à l’écran. A l’occasion de la sortie de « Merci patron ! », Marc-Antoine Jamet s’était rendu à une projection organisée dans un cinéma d’art et d’essai à Rouen.

A l’issue, il avait pris la parole pour se défendre, lui et la multinationale du luxe pour laquelle il officie, devant un auditoire de militants de gauche hostiles qui, de toute évidence, ne le portaient pas dans leur coeur. L’éternel retour de d’Artagnan.


 

 Et pour finir, quelques premières nouvelles des prochaines élections législatives en Normandie:

Non! je vous jure... Je ne suis pas une parachutée! dixit la ministre Elizabeth Borne qui déboule dans la circonscription de Vire pour tenter de succéder à Alain Tourret qui ne se représente pas. Le lien avec la Normandie de Madame Borne qui évoque, ci-après, des souvenirs d'enfance du côté de Livarot, est plutôt ténu car il tient surtout lieu d'une certaine forme de rapprochement de conjointes politiques: inutile d'en dire davantage pour ne pas dépasser les... bornes!

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https://www.francebleu.fr/infos/politique/elisabeth-borne-candidate-aux-legislatives-dans-le-calvados-1651816093

Le dernier pré carré de la Fabiusie seino-marine n'est pas prête de se rendre au généralissime Mélenchon!

https://www.ouest-france.fr/elections/legislatives/legislatives-les-socialistes-ne-sont-pas-prets-a-laisser-la-place-en-seine-maritime-093fdb10-cc89-11ec-bc35-01778601fe28