Billet de Florestan:

Voici le programme des assises du patrimoine normand à Bayeux organisées à l'initiative de la Région le 17 mars 2022...

S'agit-il enfin! de prendre conscience du rôle stratégique du patrimoine dans l'économie territoriale normande et d'aborder la ressource patrimoniale selon les logiques de l'intelligence économique?

Nous ne cessons de le dire ici et ailleurs:

LE PATRIMOINE C'EST LE PETROLE DE LA NORMANDIE !

De par son histoire et la richesse de ses héritages et malgré toutes les destructions et dénaturations massives du XXeme siècle, notre Normandie millénaire reste dotée d'une densité patrimoniale exceptionnelle dans le domaine de l'architecture et des beaux arts (comme on disait autrefois...) C'est ainsi que les départements normands (le Calvados et la Seine-maritime) figurent encore dans les toutes premières places du classement national pour le nombre de bâtiments, sites et objets classés ou inscrits au titre des Monuments Historiques ou sur la prestigieuse liste du patrimoine mondial de l'humanité de l'UNESCO. La plupart des monuments normands, églises et châteaux notamment, sont inscrits au titre des Monuments Historiques dès la première liste officielle dressée en 1840 par Prosper Mérimée: c'est la force même de l'évidence patrimoniale de la Normandie défendue et mise en valeur en tant que province patrimoniale ou musée à ciel ouvert par Arcisse de Caumont le grand pionnier normand de l'archéologie monumentale et médiévale au point qu'à la fin du XIXème siècle, la Normandie est, déjà, la grande destination du tourisme culturel en France.

Cet atout essentiel de notre Normandie est, aujourd'hui bien décati car la prise en charge de l'intérêt général du patrimoine architectural et artistique par l'Etat central est aujourd'hui défaillante: visiblement, l'entretien régulier et la valorisation du patrimoine n'est toujours pas perçue comme l'une des priorités stratégiques pour le développement d'une économie territoriale non délocalisable.

Les services spécialisés de l'Etat au niveau des DRAC ont perdu la plupart de leurs pouvoirs de contrôle et de coercition (par exemple: la loi ELAN a transformé les Architectes des Bâtiments de France en greffiers du vandalisme patrimonial)

Dans le meilleur des cas, le patrimoine, notamment religieux, est entretenu a minima pour service de prétexte ou de décorum à des activités sociales, économiques ou culturelles parfois bien éloignées de l'esprit du lieu... Dans le pire, ce patrimoine est laissé à l'abandon au risque d'un péril immédiat ou livré sans mot dire au vandalisme de promoteurs immobiliers peu scrupuleux.

Par ailleurs, le patrimoine normand en mains privées (c'est le cas de la plupart de nos châteaux et manoirs) est dans un état de conservation moyen sinon médiocre car les propriétaires ne peuvent pas suppléer au retrait financier du Ministère de la Culture pour la prise en charge des travaux.

Malgré la bonne volonté de nombreuses associations citoyennes locales de défense et de vigilance, malgré l'action au niveau national des grandes associations reconnues d'utilité publique qui se substituent, de fait, à la défaillance régalienne de l'Etat dans ce domaine, malgré l'initiative du loto du patrimoine de Stéphane Bern ou de la Fondation du Patrimoine mais aussi le début de la prise de conscience des élus locaux de l'urgence essentielle de sauvegarder et d'entretenir nos églises rurales, l'actualité du patrimoine normand est émaillée d'incendies accidentels  (le dernier en date ayant survenu dans la Haute ville historique de Granville) ou de destructions commises par le vandalisme des promoteurs immobiliers dont l'activité devrait être plus encadrée avec la nécessité d'obtenir une certification patrimoniale pour avoir l'autorisation d'intervenir sur un bâtiment ancien.

La situation est donc préoccupante.

Il est dans les habitudes de nos huiles officielles et institutionnelles de s'asseoir pour s'entendre dire et parler: on appelle cela des "assises" qui, en principe, permettent de justifier et de légitimer la mise en oeuvre d'une nouvelle politique publique et ses décisions concrètes... S'il y en a !

Nous prendrons donc ces premières assises du Patrimoine Normand comme un bon augure, un signe d'espoir, un réveil de la conscience patrimoniale là où elle s'était le plus assoupie, c'est-à-dire, dans les étagères supérieures empoussiérées de notre armoire normande: ceux qui s'activent pour le patrimoine, qui en vivent ou qui s'en inquiètent pour l'avoir concrètement sous les yeux et non pas seulement depuis l'écran d'un bureau lointain en consultant la base de données "Mérimée" plutôt... périmée, se réjouiront peut-être de cette prise de conscience officielle qui permettra surtout de reconnaître et d'installer en Normandie, Frédérique Boura la nouvelle DRAC dont on attend, à l'occasion des ces assises de Bayeux, le discours exposant sa vision et ses objectifs pour un patrimoine normand essentiel mais en souffrance.

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Commentaire de Florestan:

Il faut avoir l'honnêteté de reconnaître que bien peu de choses ont été faites lors du premier mandat Morin en ce qui concerne le patrimoine architectural normand: de nombreuses annonces, telle que la mise en place d'un comité régional normand regroupant tous les acteurs du secteur qui n'a pas été remarqué par son activité. Par ailleurs, le désengagement de la DRAC et du Ministère de la Culture produit des effets catastrophiques.

Il est donc temps que la région Normandie se substitue à l'Etat sur le domaine d'action du patrimoine en développant une politique publique puissante car c'est un sujet normand stratégique, essentiel, identitaire pour notre région, son développement économique ou son image, son attractivité, voire sa réputation internationale.

Nous avons proposé durant la campagne électorale des élections régionales que le patrimoine normand soit intégré dans le déploiement des politiques publiques régionales d'intelligence territoriale mises en oeuvre par l'Agence de Développement de Normandie car, répétons-le, le patrimoine c'est le pétrole de la Normandie !