Billet de Florestan:

Mais que se passe-t-il en ce moment au Kazakhstan?
Depuis quelques jours, des émeutes, des occupations de bâtiments publics, une quasi insurrection, une répression féroce (164 morts) des arrestations massives (8000 personnes)... Mais aussi: des condamnés pour terrorisme islamiste qui sont libérés de prison par certains émeutiers.
Certes, le Kazakhstan est plus une dictature qu'une démocratie mais il faut s'interroger aussi et surtout sur le contexte géopolitique de cette tentative de déstabilisation politique et sociale du principal pays qui constitue l'étranger proche de la Russie de façon structurelle: l'autre pays dans la même situation c'est... l'Ukraine.
Tentative avortée d'une nouvelle révolution "orange" sur les bords de la mer Caspienne?
Alors, comme par hasard, en pleine négociation au plus haut niveau entre les USA et la Russie pour stabiliser la situation d'une Ukraine qui doit être neutralisée ou "finlandisée" (ni annexion à la Russie, ni adhésion à l'OTAN), il semble évident qu'il s'est agi d'une tentative de déstabilisation indirecte de la Russie de la part des USA (via son relai local et culturel turc) alors que la Russie est accusée régulièrement de faire de même avec les alliés européens occidentaux des USA (chantage gazier à l'égard des Allemands, chantage aux migrants à la frontière polonaise, arrivée des mercenaires de la société Wagner dans le pré carré africain des Français, voire... tentative de déstabilisation internet de l'élection présidentielle française avec l'affaire "Jean-Michel Trogneux"...)
Eh oui! le grand jeu géopolitique use désormais de tous les moyens conventionnels et non conventionnels. Ne soyons dupes de rien: le Kazakhstan c'est aussi le premier producteur mondial... d'uranium!

Nous sommes donc les spectateurs d'un grand jeu diplomatique pour stabiliser les rapports de force entre grandes puissances selon des aires d'influence: l'Europe occidentale pour les USA; la Russie et son "étranger proche" (Ukraine, Biélorussie, Kazakhstan); la Turquie, l'Arabie Saoudite, Israël et l'Iran pour le proche Orient; la Chine pour la zone "indo-pacifique"... 

L'Europe occidentale, que cela soit version Union européenne ou version française, anglaise ou allemande ne compte plus en tant que telle en tant qu'acteur principal et déterminant.

Mais elle pourrait encore jouer un rôle important sinon décisif pour refroidir le grand jeu afin de le stabiliser dans une logique "multilatérale" à laquelle les Européens sont, finalement, les seuls à croire car c'est aussi la tradition et le savoir-faire diplomatique de la France indépendante, "non-alignée" voulue par le Général de Gaulle qui est, pour lors, le seul état de l'Europe occidentale continentale à disposer du réseau international et de la force armée suffisante pour encore peser: la France a encore ce "leadership" diplomatique international en Europe, un "leadership" qui est, d'ailleurs, de plus en plus contesté par l'Allemagne au nom de l'Union européenne. 

Mais attention donc de ne pas tomber dans le panneau d'une souveraineté européenne à laquelle seul l'actuel président de la République française croit quitte à transférer à l'Union européenne notre siège permanent au conseil de sécurité des Nations unies ou notre force de frappe nucléaire stratégique:

Les Allemands ne sont pas intéressés par ce lourd fardeau de la puissance politique pour des raisons historiques évidentes. En conséquence, contrairement aux Français qui croient encore à une "Europe puissance" devant se substituer à la puissance nationale, la vision allemande de l'Europe est plus opportuniste sinon plus... cynique ou efficace pour la défense de leurs intérêts.

Mais, pour ce qui concerne la stabilisation géopolitique de l'Europe orientale face à la Russie, il semble que les idées françaises aient, à nouveau voix au chapître, pour trouver une solution pérenne...

Une idée française, voire... normande fait son retour dans le grand jeu en cours sur l'Ukraine et son avenir: 

En effet, la France a proposé la réunion du format de négociation dit "Normandie" entre la Russie, l'Ukraine, l'Allemagne et la France en souvenir de l'extraordinaire réunion de fait qui s'était tenue au château de Bénouville, le 6 juin 2014, en marge des cérémonies officielles du 75ème anniversaire du Débarquement...

L'intérêt du "format Normandie"?

Négocier en direct avec les principales parties prenantes concernées dans un cadre d'où les USA sont absents ce qui a l'avantage de rassurer les Russes qui se sentent assiégés par les progrès de l'OTAN vers leurs frontières.

Avec beaucoup d'adresse, Poutine a, d'ailleurs, fait monter la pression militaire sur sa frontière et dans la province séparatiste ukrainienne russophone du Donbass pour démontrer aux Occidentaux et à l'OTAN qu'il était prêt à aller jusqu'à la guerre pour la question ukrainienne et pour tracer la ligne rouge devant les yeux mi-clos de Joë Biden qui, après le désastre afghan, ne veut surtout pas envoyer des soldats pour sauver Kiev: 

Cette ligne rouge c'est l'adhésion de l'Ukraine à l'OTAN comme le souhaitent les "néo-cons" de l'administration américaine, les Polonais, ou les Ukrainiens les plus extrémistes.

Gageons donc que le format Normandie soit, enfin! le bon format pour trouver une solution définitive, à savoir:

1) Respect de l'intégrité territoriale de l'Ukraine.

2) Reconnaissance de la Crimée russe.

3) Neutralisation de l'Ukraine.

Un peu de sagesse normande que diable!

Chateau_benouville

https://www.ouest-france.fr/europe/ukraine/ukraine-paris-evoque-une-reunion-du-groupe-de-normandie-d-ici-a-la-fin-janvier-7715c242-7312-11ec-b5e2-f1d665483d2a

Ukraine : Paris évoque une réunion du groupe de Normandie d’ici à la fin janvier

L’Élysée a évoqué ce mardi 11 janvier 2022 une réunion du groupe de Normandie, c’est-à-dire la France, l’Allemagne, la Russie et l’Ukraine, « d’ici fin janvier » sur la situation en Ukraine.

La France a évoqué mardi 11 janvier une réunion du groupe de Normandie (France, Allemagne, Russie, Ukraine) « d’ici fin janvier » ainsi qu’un « geste » de Kiev pour tenter de relancer la dynamique visant à régler le conflit ukrainien.

L’émissaire du Kremlin dans les négociations de paix en Ukraine, Dmitri Kozak, a « donné son accord pour que nous reprenions la négociation dans le groupe Normandie au niveau des conseillers diplomatiques », a indiqué la présidence française.

« Nous pensons pouvoir tenir une première réunion (à ce niveau) d’ici la fin du mois de janvier », a ajouté l’Élysée à l’issue d’une visite conjointe des conseillers diplomatiques du président français Emmanuel Macron et du chancelier allemand Olaf Scholz à Moscou puis Kiev.

Juste avant l’annulation du projet de loi dite de transition

La Russie boude depuis plusieurs mois ce format de discussions, qui vise à mettre en œuvre les accords de paix de Minsk (2015) sur le conflit ukrainien et fait référence à une première rencontre des dirigeants des quatre pays en 2014 en Normandie.

Cette réunion interviendra juste avant « l’annulation du projet de loi (ukrainienne) dite de transition, qui n’est pas conforme aux accords de Minsk », a ajouté la présidence française.

Ce projet de loi, préparé à l’été 2021, porte sur la « période de transition » au Donbass, territoire séparatiste pro-russe dans l’est de l’Ukraine, et en Crimée – annexée par la Russie en 2014 – jusqu’à leur « réintégration » à l’Ukraine.

Il reconnaît la Russie comme « État agresseur et État occupant », ce que Moscou rejette totalement.

S’assurer que les engagements seront tenus

« Ce premier geste ukrainien appelle une réponse des séparatistes/de la Russie, de telle manière que nous puissions ensuite entrer dans les sujets de substance », a relevé la présidence française.

Paris a concédé toutefois que la séquence à venir restait incertaine. Il faudra voir « si de fait les Ukrainiens et les Russes se tiennent bien aux engagements » pris.

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a appelé mardi à un sommet quadripartite avec Moscou, Paris et Berlin pour « mettre fin au conflit » avec les séparatistes, sur fond de tensions internationales avec la Russie.

« Volodymyr Zelensky n’est un client ni du président Poutine ni de la Russie. Et donc Vladimir Poutine a plutôt envie de mettre la pression sur lui que de négocier avec lui », a-t-on noté à l’Élysée.

Les tensions autour de l’Ukraine sont fortes depuis des mois. La Russie, accusée de préparer une attaque, a massé des dizaines de milliers de soldats à la frontière.


 

Commentaire de Florestan:

Il ne s'est jamais agi de la part de la Russie de préparer une invasion de l'Ukraine mais de montrer sa force face à des manoeuvres militaires de l'OTAN dans la mer Noire, face à la montée en puissance matérielle et technique de l'armée urkrainienne (qui vient d'acquérir les redoutables drones turcs) et, surtout, avant d'entamer la négociation décisive et définitive pour résoudre la question ukrainienne dans le cadre du format "Normandie", un nom propre qui, d'ailleurs, force le respect en Russie...

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