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L'autonomie est-elle une perversion des institutions ?

 

Suite aux incidents provoqués par des agitateurs professionnels en Guadeloupe sous prétexte de refus de vaccination anti-covid, le gouvernement a proposé plus d'autonomie pour cette île où les indépendantistes, comme en Nouvelle Calédonie, ont autant une motivation discutable qu'une exacerbation de revendications légitimes par une puissance étrangère.

 Commençons par ce qui fâche pour éliminer ces sujets avant de passer à une analyse du système.

 

L'autonomie n'est pas la solution des faux problèmes.

 

La Guadeloupe c'est un déficit de potentiel économique par rapport à la taille de la population et des pratiques de gestion qui ne seraient pas acceptées en métropole.

Pour l'avoir constaté sur place, la gestion de la distribution de l'eau dont on parle maintenant, alors que le problème dure depuis des lustres, relève autant de pratiques "douteuses" de la part des compagnies (une seule suffirait pour cette île d'à peine 400 000 habitants) qui en sont chargées que de l'État dont les représentants ou les élus n'ont rien voulu voir jusqu'à ce jour.

 

En clair, l'attribution de l'autonomie ne doit pas être un renoncement de l'État à faire respecter les lois au profit de l'intérêt général en même temps qu'un "open bar" pour des comportements locaux quasi maffieux. L'opportunisme coupable et le "pas de vague", la compromission au lieu du compromis ont leurs limites ; c'est valable ailleurs en France aussi.

 Parfois la revendication autonomiste se nourrit d'arguments inavouables tels que le "toujours plus" en matière d'assistanat ou un racisme contre le "colonisateur", dans ces cas le problème politique n'est pas au niveau de la structuration des institutions.

 L'évocation par le ministre Sébastien Lecornu de l'autonomie pour la Guadeloupe fait écho à une frange radicale d'une minorité... donc la validité de l'idée est toute relative et en conséquence hasardeuse pour ne pas dire dangereuse.

 L'autonomie n'est pas un pourboire lâché négligemment ni un un cachet d'aspirine pour une fièvre passagère. Ce serait un pari hasardeux sur le risque de contagion et d'ouverture d'une boîte de Pandore. La démagogie dans l'urgence n'est pas bonne conseillère, preuve en est la réaction immédiate de la Corse qui, bien qu'ayant déjà un statut enviable, fait de la surenchère.

 

L'autonomie est un produit dangereux.

 

Et après l'autonomie dans la cadre français, il y a un risque de séparatisme où tout le monde sera perdant. La France perdra en influence et les "insulaires libérés" seront relégués au rang de Comoriens mendiants à Mayotte les bienfaits de l'ex-colonisateur, comme d'autres avant eux que nous croisons quotidiennement dans les banlieues de métropole.

Une majorité de Calédoniens semble l'avoir compris in extremis ; raison de plus pour ne pas prendre les indépendantistes plus sérieusement qu'ils le méritent.

 Ces indépendantistes, sans ressources et à courte vue, changeraient seulement de puissance tutélaire à brève échéance, Etats-Unis ou Chine au lieu de la France, sous d'autres formes sans la moindre arrière pensée humaniste ; comme de nombreux pays africains où les dirigeants trouvent intérêt à ce genre de situation qui ne procure quasiment aucun avantage à leurs peuples.

On trouve une myopie équivalente chez les contribuables français qui espèrent une baisse de la charge fiscale en se débarrassant de ces "confettis de l'empire" et d'un autre âge ; sauf que la puissance nécessaire parce que légitime passe par là et par un coût à considérer comme un investissement. Sans oublier que le temps et l'histoire ont tissé des liens intellectuels et culturels, moraux et humains entre les populations des îles et celle de la métropole.

 L'autonomie ne doit pas être un toboggan vers l'indépendance et une ligne rouge doit être définie comme dans le cas de la Polynésie.

 

L'autonomie est une modalité d'un concept qui lui est supérieur.

 

Une réforme des institutions locales vers plus d'autonomie n'est pas sans poser quelques problèmes.

D'abord il faut définir le périmètre des sujets de l'autonomie et préciser le niveau d'engagement autonome au sein de chacun des sujets de ce périmètre. Ces deux aspects ne peuvent être conçus que dans l'équilibre entre les moyens potentiels alloués à un exercice réel de l'autonomie, région par région ou île par île, et l'exercice inaliénable des droits régaliens.

 Ce régime d'autonomie généralisé en France ne sera pas une rupture avec le principe d'égalité de traitement car c'est déjà fait. C'est fait par la disparité naturelle des régions qui demande des traitement spécifiques (maritime, montagne, enclavé, etc) et par des statuts particuliers (lois PLM, la communauté urbaine de Lyon, l'Alsace, toutes les îles, etc).

 Transférer un droit à décision de Paris à un territoire autonome sans transfert de moyens serait une hypocrisie et une lâcheté du pouvoir jacobin ; certes une mise à l'épreuve et à sa responsabilité du pouvoir local mais surtout une corruption des idées décentralisatrices et régionalistes.

Par ailleurs quand un problème est socio-économique la réponse doit être prioritairement dans le champ de l'économie et non dans celui de la structuration institutionnelle, elle peut venir en appui mais ne peut pas être la solution à elle seule.

 Pensons au principe de subsidiarité et mettons-le en œuvre, plutôt que de parler d'autonomie qui est un régime à la carte, parlons du régionalisme qui est un menu avec choix ; ce serait le système idéal parce que le plus proche d'une égalité de traitement avec une souplesse d'adaptation aux spécificités géographiques, économiques et culturelles.

 

 

Eric Valin, le 13/12/21