Billet de Florestan:

Personne n'en a vraiment parlé dans les grands médias parisiens...

La Nouvelle-Calédonie a finalement dit oui à la France à 96% ... Mais au prix d'une forte abstention: le statut provisoire ouvert en 1998 par les accords de Nouméa tombe. Il faut donc reconstruire le lien institutionnel et politique qui doit unir la France et la Nouvelle-Calédonie: une tâche qui incombera au prochain président de la République... Un boulot qui risque de dépasser notre cher Emmanuel Micron!

Dans la discrétion médiatique, 16000 km, c'est si loin, le dimanche 12 décembre 2021, certains devaient voter en Nouvelle-Calédonie pour la 3ème fois pour une auto-détermination vers l'indépendance qui n'a jamais fait sur place l'unanimité. Un référendum d'autodétermination qui se tenait, rappelons-le, dans un cadre institutionnel totalement baroque: un statut provisoire qui autorisait, littéralement, un appartheid électoral à l'envers excluant des listes électorales locales tous les citoyens habitants résidents arrivés et installés sur le "Caillou" après les accords de Nouméa du 5 mai 1998. On avait donc accepté une entorse majeure à nos principes constitutionnels les plus élémentaires au nom de la discrimination positive et du particularisme local: la décentralisation d'outre-mer outre passée, poussée à bout avec l'indépendance comme seule issue!
Imaginons qu'il soit possible que seuls les Normands habitant la Normandie avant la date de la réunification aient le droit de voter pour un référendum sur l'indépendance de la... Normandie!
Mais de cette discrimination positive électorale et caricaturale, les Kanaks eux-mêmes, n'en voulurent pas car ils avaient appellé à boycotter le scrutin de ce dimanche faute d'avoir pu en obtenir le report en raison de la crise sanitaire. Par ailleurs, le doute s'était emparé des Kanaks: la France, finalement, ce n'est pas si mal, les médecins métropolitains ont été appréciés sur place pour lutter contre le Covid et certains commencent à réfléchir: en cas d'indépendance de la "Kanakie", la Chine fera main basse sur le magot du nickel (20% des réserves mondiales) et mettra le nouveau pays indépendant sous une tutelle de fait qui fera regretter à tous le giron français.
Enfin, si le porte-avion néo-calédonien devait nous échapper c'est, tout simplement, l'avenir même de la présence de la France dans la zone indo-pacifique disputée comme jamais entre Chinois et Anglo-saxons qui serait directement remis en cause: de tout cela, Macron, qui nous chante la France plus belle avec la Nouvelle-Calédonie, ne nous dit rien sachant que ce sera au prochain président de la République d'avoir la responsabilité de définir le nouveau lien institutionnel entre la France et une Nouvelle Calédonie qui a voté NON à son indépendance totale, car le provisoire qui dure depuis les accords de Nouméa s'est arrêté ce dimanche 12 décembre 2021...
Voir aussi le billet politique de France-Culture:

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(Le centre culturel Jean-Marie Djibaou à Nouméa)


 

Lire aussi le communiqué du Carrefour des Acteurs Sociaux qui pose la question de fond de l'avenir de al décentralisation régionale qui ne doit pas être confondue avec le séparatisme nationalitaire qui sert de repoussoir au centralisme jacobino-parisien pour faire l'économie d'une réflexion politique sérieuse sur la question régionale: l'exemple néo-calédonénien peut paraître lointain mais il est donné pour tous.

Communiqué du 12/12/2021

Nouvelle Calédonie : élargir le débat

Le Carrefour des Acteurs Sociaux prend acte du résultat du referendum survenu en Nouvelle Calédonie ce 12 décembre 2021 ; avec satisfaction même puisqu’il est autant un point d’arrivée – il clôt un bien long processus juridico politique – qu’un point de départ vers la recherche d’un statut DANS le cadre d’une France vécue à l’échelle de la planète.

Le débat qui va s’ouvrir en Nouvelle Calédonie sera ardu mais circonscrit à des enjeux de « politique intérieure » faisant l’économie de problématiques géostratégiques explosives. Restant dans l’aire française la Nouvelle Calédonie échappe aux appétits des impérialismes et hégémonies qu’ils soient chinois ou anglo-saxons.

La situation créée en Nouvelle Calédonie doit être l’occasion d’élargir le débat aux Antilles où les évènements martiniquais et guadeloupéens remettent de fait en cause un statu quo périodiquement ébranlé, de crise économique en crise sociale, de crise culturelle en crise sanitaire. Chaque espace de l’Outre Mer a sa spécificité et appelle des solutions propres. A une doxa centralisatrice doit succéder une dynamique authentiquement régionaliste.

Réserver le débat sur les « autonomies » aux espaces d’Outre Mer serait instaurer une discrimination entre les régions qui « ont droit » à la décentralisation et celles qui resteraient soumise à la férule jacobine. Déjà la Corse et l’Alsace ont leur statut, la Normandie recouvre son unité et même son identité et la Bretagne s’affirme…

Profitons de ce qui se passe en Nouvelle Calédonie pour relancer le débat sur la décentralisation ; dans toute la France.