La Normandie divisée et coupée en deux de 1956 à 2015 fut livrée aux trois fléaux suivants:

  • Le Localisme: les pôles normands sont d'abord en relation avec eux-mêmes ou leur périphérie proche. Les liaisons normandes d'intérêt régional restent faibles notamment entre les trois premiers pôles urbains de notre région: Caen, Rouen et Le Havre. Certains pôles urbains normands sont, d'ailleurs, tellement localistes qu'ils n'ont que peu de relations avec le reste de la Normandie: on pensera à Cherbourg ville portuaire d'une île mystérieuse appelée "Cotentin" et que les journalistes qui présentent la météo situent au large des côtes de la Manche quelque part entre la Normandie et la Bretagne. On pensera aussi à Alençon qui devient, de plus en plus, un satellite manceau faute d'être véritablement la porte Sud de la Normandie.
  • Le Parisianisme: les plus fortes relations pratiquées par les pôles urbains normands le sont d'abord avec la région parisienne. La relation avec Paris écrase toutes les autres relations inter-normandes. Un schéma colonial.
  • Le Britanotropisme: dans l'Ouest normand, la relation privilégiée entre Caen et Rennes demeure grâce à la gratuité de l'A84. On rappelle qu'il était question dans les années 1990 de faire de l'ex Basse-Normandie une marche orientale du Grand Ouest ligéro-breton puisque l'ex Haute-Normandie était appelée à devenir une excroissance de la banlieue parisienne dans la vallée de la Seine jusqu'à la mer.

La géographie normande offre pourtant son évidence géo-historique et son utilité géo-politique pour valoriser des enjeux économiques d'intérêt national tels que ceux de la vallée de la Seine.

Mais faute de curiosité intellectuelle ou, tout simplement, parce que les compétences et les savoir-faire de l'actuelle classe politique sévissant en Normandie ne sont pas au niveau du sujet normand, le potentiel géo-historique ou géo-politique normand reste sous-exploité.

On pouvait croire qu'avec la divine surprise présidentielle de la réunification normande des années 2014/2015 ce triste état de fait allait être corrigé et que les perspectives des évidences normandes seraient enfin claires pour tous celles et ceux qui ont des décisions à prendre dans notre région.

C'est ce que l'étude commandée par la DREAL Normandie au cabinet d'experts CEREMA devait mesurer après plus de six ans de réunification normande, notamment si l'on constatait une plus forte intensité des liens et des relations entre les principaux pôles urbains normands.

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L'étude révèle des améliorations, un frémissement notamment en raison des effets géographiques d'un certain nombre de fusions institutionnelles régionales pour intégrer la nouvelle échelle territoriale normande. Mais dans l'ensemble, faute d'avoir su ou pu développer dans le domaine du symbolique un choc qualitatif normand, voire des politiques publiques volontaristes pour éduquer à la Normandie les décideurs de la société civile régionale ou pour "normandiser" les Normands, on constate que les mauvaises habitudes prises depuis longtemps demeurent: il est vrai que les habitudes remplacent fort avantageusement l'effort d'une curiosité intellectuelle militante pour la Normandie.

La Normandie a passé près de soixante années dans la division administrative, dans les illusions de la prospérité, dans la dispersion politique, dans la médiocrité localiste, dans le manque d'ambition, dans la soumission parisienne, dans le défaitisme médiatique, dans la haine de soi... L'espace vécu normand et la fierté régionale qui pouvaient encore exister dans les années 1960 malgré les traumatismes de la Libération de 1944, ont été détruites dans ces années 1970-2000 plutôt minables pour la Normandie et les Normands: la reconstruction de l'espace vécu normand va donc prendre du temps. Bien entendu, la classe politique normande est largement responsable de cette situation.

Faut-il, d'ailleurs, parler de classe politique "normande" avant la réunification... voire après?

Car la classe politique normande n'a, hélas, qu'un seul représentant actif et vivant:

Hervé MORIN.


 

Lire ci-après le résumé de l'étude CEREMA sur les relations entre les principaux pôles urbains normands proposé sur le site de la DREAL Normandie:

http://www.normandie.developpement-durable.gouv.fr/relations-entre-les-principaux-poles-normands-a4218.html

Relations entre les principaux pôles normands

publié le 16 novembre 2021
La réunification de la Normandie effective, depuis 2016, a accéléré les besoins de coopérations entre les principaux pôles que sont Caen, Le Havre et Rouen d’une part, mais aussi avec les pôles complémentaires d’Alençon, Cherbourg-en-Cotentin, Dieppe, Évreux et Saint-Lô d’autre part.

La DREAL Normandie a commandé au Cerema une étude ayant pour but d’explorer le territoire par les prismes de l’offre et demande de mobilité entre les principaux pôles urbains de Normandie. De multiples indicateurs de mobilité sont confrontés afin de dresser un portrait du système normand et faire ressortir les enjeux du territoire en matière de liaisons et de déterminer les potentialités en matière d’interactions et de rayonnement de ce système.

En synthèse, l’étude apporte plusieurs enseignements  :

  • À l’Est, de forts liens existent entre Rouen et les autres pôles, et notamment Le Havre. À l’Ouest, les liens entre Caen et les autres pôles sont importants, générant des flux significatifs.
  • L’Estuaire de la Seine joue un net rôle de coupure géographique. Le flux entre Caen et Rouen bien que relativement important, est cependant en deçà de ce qui est attendu, compte tenu des populations en jeu et de la distance inter pôles Cela est encore plus flagrant pour la liaison entre Caen et Le Havre.
  • Le pôle d’Alençon est plutôt isolé des autres pôles normands en matière de flux. Il possède un lien plus fort avec Le Mans qui est plus proche.
  • D’autres flux avec des pôles externes sont constatés  : un flux entre Rouen et Amiens existe, un lien fort est observé entre Rennes et Caen.
  • La présence de Paris à proximité de la Normandie génère des flux très importants. Les flux générés avec la région parisienne sont supérieurs à l’ensemble des flux entre le tripôle Caen Le Havre Rouen. Le flux principal lie Rouen et Paris. Des flux importants sont constatés avec Caen, Le Havre mais aussi Evreux et Cherbourg. Ce dernier flux est peu prévisible au vu de la distance entre les pôles.

L’ensemble de la méthodologie et des conclusions sont disponibles dans le rapport d’étude :

http://www.normandie.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/relations_entre_les_principaux_poles_normands.pdf

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