La "guerre du camembert" qui a trop longtemps sévi entre gros industriels (Lactalis), petites laiteries indépendantes ou fabricants fermiers locaux autour de la définition du cahier des charges de l'AOC (lait cru ou lait pasteurisé?), d'une part, et autour de l'authenticité d'une allégation commerciale ("fabriqué en Normandie") d'autre part, a fait oublier l'essentiel à l'ensemble des acteurs de cette filière fromagère qui symbolise pourtant la notoriété de notre Normandie: le camembert n'est plus l'évidence fromagère française nationale et il y a  urgence à le promouvoir dans une époque où "tout fout le camp!"

Si n'avait pas été saboté par les plus gros industriels le projet de compromis soutenu et présenté il y a trois ans par le région Normandie d'une grande AOC/AOP "Camembert de Normandie" intégrant la majorité des éleveurs laitiers normands dans un processus d'amélioration de la production avec "renormandisation" du cheptel et deux niveaux de qualité fromagère reconnus (avec la mention: "véritable" camembert de Normandie pour signaler le respect intégral du cahier des charges), une vaste campagne promotionnelle du camembert aurait pu être mise en place...

Pour lors, la région Normandie, par l'intermédiaire de son Institut régional pour la qualité alimentaire (IRQUA) fait la promotion commune des quatre AOC fromagères de notre région sous le label "saveurs de Normandie" qui a remplacé, et c'est dommage, l'excellent appel à la "Gourmandie" des "Normandivores":

Le fait qu'une mozzarella plus ou moins italienne soit désormais passée devant notre calendos national normand est un symbole qui devrait faire réagir, espérons-le!

https://actu.fr/economie/l-edito-du-reveil-normand-le-camembert-victime-d-une-filiere-a-couteaux-tires_45908578.html

L'édito du Réveil Normand. Le camembert victime d'une filière à couteaux tirés

camembert

En France, on consomme moins de camembert que de mozzarella. La faute à la filière qui passe plus temps à se chamailler qu'à promouvoir cette merveille gustative.

Le camembert a un coup de mou et ça inquiète ferme la filière.

Bien que la nouvelle étouffe un peu le président du Syndicat normand des fabricants de camemberts (SNFC), Fabrice Collier, « depuis le début de l’année jusqu’au 11 septembre, on a vendu 29 230 tonnes de camembert en France contre 33 170 tonnes de mozzarella ».

Au début des années 2010, les Français consommaient 55 000 tonnes du fromage emblématique de la France, soit 3,5 unités par habitant et par an. Depuis, la courbe décline alors que dans le même temps celle de la mozzarella culmine. Selon FranceAgriMer, la progression a même atteint un pic en 2020 à + 21 %.

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Mais contrairement à ce que certains titres de presse le laissent entendre, le camembert reste bien le fromage préféré des Français. Parce que ceci n’est pas une question de volume de vente, mais d’appréciation. Camembert et mozza ne jouent pas sur le même plateau.

Est-ce que l’un est meilleur que l’autre ? A chacun de se prononcer mais cela risque d’être difficile car ils ne se consomment pas du tout de la même manière. Pas sûr qu’une tranche de mozza sur un morceau de pain accompagnée d’un verre de vin rouge soit une association de bon goût. En revanche, le camembert peut rentrer dans la composition d’une pizza.

Les Français le plus gros mangeurs de pizza

Si la consommation de mozzarella a tant progressé ces dernières années, c’est probablement en lien avec la hausse de la consommation de salades et surtout de pizzas. Si celle-ci avait observé une phase de recul entre 2015 et 2017, elle a repris sa croissance et depuis 2019 les Français « sont officiellement les plus gros mangeurs de pizza au monde », selon le site Toute la franchise. Rien que ça ! Tant mieux pour la mozza qui a su profiter de cette tendance lourde.

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Cette déconvenue pour le camembert doit être reçue par la filière comme une véritable leçon. Elle paie sans doute ses chicaneries concernant l’AOP et ce qui doit figurer ou pas sur les étiquettes. Quand le consommateur ne s’y retrouve plus et qu’il ne sait plus à quelle boîte se vouer, il va savourer ailleurs.