"Pas de fumée sans feu" dit le proverbe. Pour ce qui est de l'origine du feu dans l'usine chimique rouennaise de Lubrizol et dans l'entrepôt de stockage adjacent de Normandie Logistique, l'enquête suit son cours et certaines responsabilités ont été mises en lumière.

Mais pour ce qui est de la fumée... Qu'en est-il exactement?

0603957085299-web-tete

Un nouveau rapport d'expertise relance la polémique:

https://www.paris-normandie.fr/id220034/article/2021-08-08/incendie-de-lubrizol-rouen-un-nouveau-rapport-seme-le-trouble

Incendie de Lubrizol à Rouen : un nouveau rapport sème le trouble

Une étude portant sur l’impact du panache de fumée de l’incendie de Lubrizol sur les lichens de 23 communes de Seine-Maritime touchées révèle une exposition « aiguë et ponctuelle » de ces zones à des retombées d’hydrocarbures.

Les lichens, ces petites mousses présentes notamment sur les arbres, sont de véritables éponges à pollution. Ce sont des indicateurs précieux pour déterminer la nature et la proportion des substances chimiques émises après un sinistre industriel par exemple. À la suite de l’incendie de l’usine Lubrizol et de l’entrepôt de Normandie Logistique à Rouen, le préfet demande ainsi à Lubrizol de commander une étude sur l’analyse de ces organismes auprès de la société Aair Lichens.

 Des taux deux fois supérieurs au « seuil d’alerte »

Entre octobre et novembre 2019, une première étude est menée sur 23 communes situées sur le parcours du panache de fumée. La présence d’un mélange de 16 HAP (hydrocarbures aromatiques polycycliques), des substances toxiques émises lors d’une combustion incomplète, a été détectée dans des taux jusqu’à deux fois supérieurs au « seuil d’alerte », comme c’est le cas à Bosc-Bordel (mesure la plus haute). Ces valeurs représentent 48 fois le seuil du « bruit de fond », la pollution habituelle et historique.

Les données présentées dans ce rapport apportent un éclairage sur les substances présentes dans le panache de fumée et leurs proportions, mais ne livrent aucune précision sur les conséquences sanitaires potentielles. « Les impacts sur la santé ne sont pas des responsabilités d’Aair Lichens », préviennent les scientifiques en préambule. L’État a, par ailleurs, diligenté de nombreuses enquêtes sanitaires ne permettant pas, à ce jour, de conclure à un risque pour la santé lié à ces retombées d’hydrocarbures causées par l’incendie.

 Un manque de transparence ?

Le rapport d’Aair Lichens a été présenté en Comité de transparence et de dialogue le 5 juillet 2021, puis rendu public le lendemain. « La première étude était prête dès novembre 2019. Pourquoi les maires n’ont-ils pas été mis au courant de ce rapport qui atteste d’une signature polluante liée à l’incendie ? Cela crée un climat de suspicion », tance Christophe Holleville, porte-parole de l’Union des victimes de Lubrizol.

« Ce que l’on demande maintenant, c’est davantage de transparence et un suivi a posteriori de nos habitants pour rassurer sur les potentielles conséquences sanitaires », explique Thomas Hermand, maire de Serqueux, qui a porté plainte contre Lubrizol le 27 juillet 2021. « La démarche scientifique ne fonctionne que par comparaison. Le premier rapport a été reçu en décembre 2019, et le second en mai 2021. […] Les services de l’État n’ont en aucun cas pour objectif de dissimuler les résultats et rapports », indique pour sa part la préfecture.

 Pollution chronique

La seconde étude, réalisée par Aair Lichens entre décembre 2020 et mars 2021, pointe une « baisse drastique », de 60 à 70 %, des taux de HAP dans les lichens, sans revenir pour autant au « bruit de fond ». Six communes de plus, non concernées par le nuage en 2019, ont été prises en compte pour obtenir des valeurs comparatives. Ces nouvelles analyses mettent en perspective les résultats obtenus en 2019, mais mettent en évidence un problème de fond. « Il faut différencier, d’une part, l’exposition aiguë et ponctuelle aux HAP liée à l’incendie de Lubrizol observée en 2019 ; et d’autre part, une exposition chronique de certaines zones aux HAP, qui résulte de la pollution environnante et historique », affirme Philippe Giraudeau, directeur de Aair Lichens.

Le second cas de figure s’applique à Saint-Étienne-du-Rouvray, ville épargnée par le panache, mais qui présente des taux en HAP « très élevés qui mériteraient d’être suivis et investigués », souligne le rapport. « Pour mesurer précisément la qualité de l’air, un dispositif de surveillance existe sur l’ensemble du département, qui permet de mesurer sur la durée les niveaux de HAP rencontrés », tempère la préfecture. Le rapport est à consulter dans son intégralité sur le site de la préfecture.


 Lire aussi:

https://www.paris-normandie.fr/id210058/article/2021-07-06/la-metropole-de-rouen-veut-accentuer-la-prevention-contre-les-risques

https://www.20minutes.fr/societe/3100071-20210809-incendie-lubrizol-rouen-etat-condamne-indemniser-maraicher

Pour mémoire, on vous propose de réécouter l'audition devant le Sénat d'Arnaud Brennetot, maître de conférences en géographie à l'université de Rouen, le 29 octobre 2019:

(Archive de l'Etoile de Normandie)

http://siredesei.canalblog.com/archives/2021/07/20/39090395.html